Celui dont les Européens se gardent de prononcer le nom
Pour la première fois depuis qu'il a pris la présidence du Conseil européen en décembre 2024, Antonio Costa, le Premier ministre portugais, a organisé un sommet qui se déroulera sur deux jours. Les dirigeants des États membres de l'Union européenne (UE) auront de nombreux sujets à aborder, notamment la mise en œuvre de la feuille de route relative à la compétitivité, les questions migratoires, la crise des prix de l'énergie, les déséquilibres commerciaux, l'élaboration du budget européen pour la période 2028-2034, les préparatifs pour de futurs élargissements, le soutien à l'Ukraine, la réponse aux attaques hybrides de la Russie, ainsi que la situation au Moyen-Orient.
Cependant, une présence pesante se profile en toile de fond des discussions prévues jeudi et vendredi à Bruxelles. Cette ombre est celle de l'ancien président américain Donald Trump, dont les actions ont exacerbé plusieurs défis auxquels les Européens font face. Il a, avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, contribué à l'intensification d'un conflit avec l'Iran, entraînant une hausse significative des prix du pétrole et du gaz, impactant durement les entreprises et les citoyens européens. En outre, Trump affaiblit le soutien occidental à l'Ukraine, agressée par la Russie, en passant une commande de diesel à Moscou, ce qui alimente le financement de l'effort de guerre russe. Par ces gestes, il envoie également un message, qui sera certainement noté par le Kremlin, sur la solidité de l'engagement des États-Unis envers la sécurité de leurs alliés européens.
Si les Vingt-sept affichent leur intention de renforcer leur arsenal de défense commerciale principalement en réponse à la Chine, ils n'ignorent pas les menaces persistantes émanant de l'administration Trump. Ce dernier pousse également l'UE à réfléchir à la manière de protéger la Cour pénale internationale contre les sanctions américaines, lorsqu'il le faudra.
Pourtant, le projet de conclusions du sommet ne contient pas de condamnations explicites du comportement américain qui nuit aux intérêts européens. Au lieu de cela, le texte exprime des « regrets », et les diplomates européens préfèrent évoquer des divergences et des désaccords avec les États-Unis plutôt que d'adopter une posture de confrontation. Le mot d’ordre semble être de ne pas provoquer la colère du président américain, dont la susceptibilité est bien connue. Éviter même de mentionner son nom pourrait être considéré comme la stratégie à adopter face à un dirigeant imprévisible de la première puissance mondiale.
Cependant, il est difficile de ne pas voir dans cette retenue européenne un signe de faiblesse plutôt que de sagesse. L'Union européenne et ses États membres paient le prix fort de leur manque d'initiatives pour réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis sur les plans militaire, technologique, énergétique et diplomatique. L'avertissement que représentait la première présidence de Trump semblait pourtant suffisamment clair pour inciter à une réflexion sur la nécessité d'une plus grande autonomie stratégique.