« Certains mangeaient des chiens » : après leur évacuation d’Olechky, occupée par la Russie, des habitants témoignent
Des habitants d'Olechky, une ville du sud de l'Ukraine occupée par la Russie, ont partagé leurs témoignages poignants après leur évacuation, survenue samedi dans le cadre d'une opération humanitaire coordonnée par Kiev et Moscou. Cette évacuation a été rendue possible grâce à une trêve inhabituelle annoncée par Melania Trump, Première dame des États-Unis.
Les récits des évacués, recueillis par l'AFP, décrivent une vie marquée par la brutalité, la famine et des routes dangereuses. Valera, un homme de 29 ans, a évoqué des conditions de vie extrêmes. « Beaucoup de gens mangeaient de l’herbe. Certains mangeaient même des chiens », a-t-il confié. Il a expliqué que la situation s'était gravement détériorée au cours de l'année, avec une intensification des bombardements et des routes minées. « La nourriture explosait. Les gens explosaient. Après cela, tous les magasins ont fermé, et c’était fini », a-t-il ajouté.
Face à la pénurie alimentaire, certains habitants ont pris des risques pour se rendre à Radensk, une ville voisine. « Ils ont réussi, mais les prix étaient un cauchemar là-bas », a relaté Valera. Il a aussi décrit un tableau tragique : « Il y avait des tas de corps sur les routes, des tas de voitures. C’était brutal. Terrifiant. »
Ivan, un homme de 70 ans, a partagé sa propre expérience, expliquant qu'il avait cultivé un potager pour subvenir à ses besoins. « Nous y avons cultivé tout ce dont nous avions besoin et nous partagions avec nos voisins », a-t-il dit. Cependant, d'autres prenaient des risques considérables en tentant de traverser des zones minées pour atteindre Radensk. « Certains de ces gars qui déminaient eux-mêmes prenaient la route. Ils ont été pris dans des explosions. Mon cousin a perdu quatre véhicules. Mais ils ont continué à rouler. Que faire d’autre ? Mourir de faim ? » a-t-il poursuivi.
Des scènes d'émotion ont été observées dans la région de Tcherniguiv, où des évacués ont été accueillis avec des embrassades. Un journaliste de l'AFP a vu des personnes descendre de bus, portant un drapeau ukrainien, et retrouver leurs proches. Ielyzaveta Paliï, âgée de 19 ans, a pu retrouver son père, qu'elle n'avait pas vu depuis fin janvier 2024, lorsqu'elle avait quitté Olechky avec sa mère et sa sœur. « Nous pensions que ça durerait un mois ou deux tout au plus et que nous reviendrions. Malheureusement, deux ans ont passé », a-t-elle déclaré.
Son père, après avoir retrouvé sa famille, a exprimé sa joie : « C’est une bénédiction, j’ai attendu ça pendant très longtemps. » Il a également partagé la dure réalité de la vie à Olechky : « Il n’y a plus aucune vie là-bas. Nous n’avons plus de nourriture depuis presque un an. »
Ni Moscou ni Kiev n'ont fourni d'informations précises sur le nombre d'évacuation, bien que des estimations de Kiev indiquent qu'environ 2 000 habitants étaient encore présents à Olechky avant la trêve, sur une population de 24 000 avant le conflit. Certains habitants ont choisi de rester sur place, malgré la possibilité d'une reprise des combats.