Le prix Nobel de chimie 2026 est décerné au Français Henri Kagan et au Japonais Kenso Soai
Le prix Nobel de chimie pour l'année 2026 a été attribué, le mercredi 7 octobre, au Français Henri Kagan et au Japonais Kenso Soai en reconnaissance de leurs travaux sur la catalyse asymétrique. Dans un communiqué, le comité Nobel a déclaré que « leurs découvertes ont joué un rôle déterminant pour les chimistes qui conçoivent des réactions destinées à la fabrication de produits pharmaceutiques ». Bien que ce domaine ait déjà été récompensé en 2001, le professeur Kagan, souvent qualifié de « père » de cette technique, n'avait pas reçu de prix à l'époque, ce qui avait suscité des critiques au sein du ministère de la recherche français.
Henri Kagan, âgé de 95 ans, enseigne actuellement à l'université Paris-Saclay, tandis que Kenso Soai, 76 ans, est professeur à l'université des sciences naturelles de Tokyo. En apprenant la nouvelle, Kenso Soai a exprimé son émotion en déclarant : « C'est le jour le plus incroyable de ma vie », lors d'un entretien téléphonique avec la Fondation Nobel.
Les recherches de ces deux scientifiques portent sur la chiralité des molécules, qui peuvent exister sous des formes « droite » ou « gauche », influençant leurs propriétés physiques et biologiques. Cette particularité chimique a des implications majeures, comme l’illustre le cas de la thalidomide, un médicament prescrit à partir de 1956, qui s'est avéré efficace dans sa forme gauche mais toxique dans sa version droite. Ce médicament a été retiré du marché en 1961 après avoir causé la naissance de 10 000 à 20 000 enfants avec des malformations congénitales.
Le comité Nobel a souligné l'importance des travaux de Kagan et Soai en notant que « la façon dont une telle asymétrie chimique a pu apparaître est restée un mystère pour les chimistes pendant longtemps. Henri Kagan et Kenso Soai ont trouvé la solution à cette énigme ». Henri Kagan a commencé à explorer la chiralité dans les années 1980 et a découvert des méthodes pour manipuler ces réactions chimiques, permettant ainsi de produire un « excès » d'une des formes de molécules. Cette avancée a été révolutionnaire pour les chimistes travaillant sur la synthèse de médicaments, d'arômes, de parfums et de nouveaux matériaux.
Kenso Soai, de son côté, a développé la première réaction chimique dans laquelle une seule des images miroirs a été produite, ouvrant la voie à de nouvelles applications dans le domaine de la chimie. Cette année, d'autres domaines tels que la thérapie génique, le développement de cellules photovoltaïques et les recherches sur les hormones régulant l'appétit et le sommeil étaient également considérés comme des candidats potentiels pour le prix, selon des experts.
Le prix Nobel de chimie est le troisième prix scientifique décerné par la fondation Nobel, après ceux de médecine et de physique, remis respectivement les 5 et 6 octobre. En 2025, le prix avait été remis à un trio de chercheurs : le Japonais Susumu Kitagawa, Richard Robson, un Britannique, et l'Américano-Jordanien Omar M. Yaghi, pour leurs travaux sur de nouvelles structures moléculaires. Les lauréats des six prix Nobel – médecine, physique, chimie, littérature, paix et économie – seront annoncés chaque jour jusqu'au 12 octobre, avec une attention particulière portée au prix de la paix, dont l'annonce est prévue pour vendredi. Cette année, le jury pourrait désigner un lauréat consensuel, suite aux controverses entourant la lauréate de 2025, Maria Corina Machado, qui avait remis sa médaille à Donald Trump après une campagne pour obtenir ce prix.
Depuis 1901, seulement 68 des 633 prix Nobel ont été attribués à des femmes, représentant moins de 11 % des lauréats. Toutefois, cette proportion est en augmentation depuis le début des années 2020, bien que les domaines scientifiques restent les moins représentés par des femmes. Les comités Nobel refusent d'introduire des quotas, préférant promouvoir la nomination de femmes scientifiques.
Le prix Nobel est non seulement l'une des distinctions les plus prestigieuses au monde, mais il inclut également un diplôme, une médaille d'or et un montant de 12 millions de couronnes suédoises, soit un peu plus d'un million d'euros.