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Friday, 23 October 2026
Health

Reportage Afrique - Octobre rose: à Madagascar, une campagne de dépistage gratuit mais des soins qui restent coûteux

Le mois d'octobre est marqué par la campagne Octobre rose à Madagascar, qui se concentre sur le dépistage gratuit des cancers du sein et du col de l'utérus. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le cancer provoque la mort de plus de 14 000 personnes chaque année dans le pays, dont 8 000 femmes. Cependant, pour les personnes touchées, le dépistage représente seulement une première étape, suivie de traitements onéreux, d'un système de santé débordé et du poids des tabous sociaux.

À Antananarivo, lors d'une conférence, le mari de Prisca Carine partage le combat de sa femme, atteinte d'un cancer du sein métastatique ayant atteint ses os, son foie et ses poumons. Il témoigne : « Tu dois être fort, tu dois être courageux, tu dois te lever le matin, il faut que ton fils te voie comme ça, il faut que tes filles te voient fortes. Mais moi, je vous le dis franchement, je chiale parfois… je chiale tout seul. » Son récit est salué par une vague d'applaudissements.

Prisca Carine a mis près d'un an à obtenir un diagnostic correct. En décembre 2024, elle se rend à l'hôpital public avec une demande d'hospitalisation d'urgence. « J’étais mal en point… On a attendu 2 h 30, vous imaginez ? Avec une salle pleine de seringues par terre, se souvient-elle, indignée. Et une personne a dit : "D'après votre état, ce n’est pas une urgence, il faut rentrer chez vous." »

Anny Andrianaivonirina, une journaliste et présidente de l'association des femmes journalistes de Madagascar, a également connu ces difficultés. Pour ses séances de chimiothérapie, elle devait arriver dès 5 h 30 du matin, les traitements se faisant souvent sur des chaises, avec un ou deux infirmiers pour toute la salle. Bien que les soins soient gratuits, les médicaments peuvent coûter jusqu'à 450 000 ariary par séance, soit près de 90 euros, un montant considérable pour de nombreux Malgaches. Ses collègues ont organisé un concert pour l'aider à financer ses traitements. « J’étais consciente de ce privilège que j’avais, d’avoir des relations, d’être aidée financièrement. Mais je me posais souvent la question : comment font ceux et celles qui ont la maladie, mais qui n’ont pas cette chance-là ? », souligne-t-elle. Elle ajoute que le simple fait d'apprendre qu'on a un cancer peut être dévastateur, et sans réseau de soutien, il est difficile de trouver des informations utiles.

Cette année, la santé représente 5,4 % du budget de l'État, en baisse par rapport aux 6,5 % de l'année précédente. Actuellement soignée dans une clinique privée, Prisca Carine utilise les réseaux sociaux pour partager son expérience. Elle reçoit des messages de femmes qui lui confient avoir perdu leur emploi à cause de leur maladie. « Ici à Madagascar, tout le monde te regarde de haut dès que tu n’as plus de cheveux, que tu es chauve, etc., tu es oubliée », déplore-t-elle, soulignant le stigmate qui entoure le cancer.

Un tabou qui, selon Stacy Rakotondrazanany, psychologue ayant accompagné des patientes sous chimiothérapie, retarde également le diagnostic. « À Madagascar, la pensée, c’est que si tu as un cancer du col de l’utérus, c’est que peut-être tu as eu des rapports non protégés, ou que tu as été exposée à des maladies », explique-t-elle.

Pour faire face à ces défis, Prisca Carine a fondé l'association Espoir Rose Madagascar, qui vise à offrir des services que le système de santé ne propose pas, tels que des consultations avec un psychologue, un nutritionniste, et même des ateliers pour redessiner les sourcils. Elle continue à recevoir des traitements tout en s'engageant dans cette noble cause.