"Turbopoulets" ou "Frankenchicken": que sait-on de ces poulets qui envahissent les rayons des supermarchés?
Le poulet, apprécié pour sa facilité de préparation et son coût abordable, est un aliment de base dans de nombreux foyers. Cependant, la qualité de cette volaille peut varier considérablement, même si les morceaux semblent identiques. Une enquête menée par le magazine 60 Millions de consommateurs se penche sur les volailles à croissance rapide, souvent appelées "turbopoulets", et sur les anomalies musculaires qui peuvent les affecter.
Ces poulets résultent de plusieurs décennies de sélection génétique visant à accélérer leur croissance et à développer leur poitrine, qui est particulièrement prisée pour ses filets. Selon les informations fournies par le magazine, ces animaux peuvent atteindre un poids de trois kilos en seulement six semaines. Cette méthode de production permet d'augmenter la quantité de viande tout en réduisant les besoins alimentaires, mais elle peut également nuire à la santé des animaux.
"Le problème ne se limite pas à une entreprise en particulier, mais concerne les souches génétiques de ces poulets à croissance rapide", déclare Massimiliano Petracci, professeur de sciences et technologies alimentaires à l'université de Bologne.
Les anomalies observées chez ces volailles sont variées. La "poitrine de bois" se traduit par des parties du filet qui deviennent dures et caoutchouteuses. Le phénomène de "white striping" se manifeste par des bandes blanches parallèles aux fibres musculaires, souvent accompagnées d'accumulations de graisse. La "viande spaghetti", quant à elle, se caractérise par une séparation des fibres musculaires.
Ces défauts peuvent également impacter la composition nutritionnelle de la viande. D'après les recherches rapportées par le magazine, les filets présentant des stries sévères peuvent contenir jusqu'à quatre fois plus de graisse que ceux qui ne présentent pas ces anomalies.
Il est également essentiel de prendre en compte la quantité de viande qui reste après cuisson. "Lorsque la teneur en protéines diminue, elle est souvent remplacée par de l'eau. C'est ce qu'on appelle un phénomène de dilution", précise Massimiliano Petracci.
Une étude réalisée par son équipe, mentionnée dans l'enquête, met en lumière une perte de poids à la cuisson de 21,6 % pour les filets de poulets à croissance rapide. Cette perte peut atteindre 29,5 % lorsque deux anomalies sont présentes simultanément. Cela signifie que le prix au kilo pour la viande crue ne reflète pas nécessairement le coût de la portion cuite.
Ce modèle d'élevage est également présent en Belgique. L'association de protection animale GAIA a documenté l'utilisation de poulets à croissance rapide dans les exploitations belges depuis plusieurs années. En 2021, elle a rapporté que certains animaux atteignaient un poids d'abattage de 2,3 kilos en seulement 42 jours.
Face à ces préoccupations, certaines alternatives commencent à émerger. Le groupe Colruyt, par exemple, propose des "poulets de notre terroir", issus d'un élevage qui privilégie une croissance plus lente, ainsi qu'un environnement offrant plus d'espace et de lumière naturelle. Le distributeur présente cette initiative comme une mise en œuvre progressive de critères inspirés du Better Chicken Commitment.
Pour les consommateurs, il est important de noter que l'origine belge d'un produit ne garantit pas nécessairement la vitesse de croissance des poulets. Il est donc recommandé de se tourner vers des garanties spécifiques concernant la gamme choisie. Certains cahiers des charges offrent des repères utiles : Colruyt, par exemple, précise que ses poulets fermiers Label Rouge proviennent de races à croissance lente et sont élevés pendant un minimum de 81 jours. Ces indications fournissent des informations plus concrètes qu'une simple promesse de qualité figurant sur l'emballage.