Vladimir Poutine saute sur l'occasion d'un Trump (re)devenu pro-russe
Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andreï Roudenko, a récemment déclaré que "si les dirigeants des trois grandes puissances se réunissent, cela enverra un message fort au monde entier concernant le règlement du conflit ukrainien". Ces propos s'inscrivent dans une série de déclarations optimistes émanant du ministère russe, qui souhaite organiser une rencontre entre les dirigeants chinois, russe et américain lors du forum de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) prévu en novembre en Chine.
Cette initiative de la Russie, qui bénéficie du soutien de Washington et de Pékin pour le moment, vise à accélérer la résolution du conflit en Ukraine. Vladimir Poutine semble miser sur cet hiver pour atteindre ses objectifs. Le président russe reste cependant méfiant face aux fluctuations de son homologue américain et à son incapacité à forcer l'Ukraine à se rendre. Néanmoins, il relance ses efforts diplomatiques après avoir constaté que Donald Trump, en difficulté avant les élections de mi-mandat aux États-Unis, pourrait être disposé à faire des concessions.
Les "cadeaux" de Washington à Moscou se multiplient. Les États-Unis ont récemment approuvé un accord pour rétablir l'approvisionnement en carburant russe et ont suspendu l'application de nouvelles sanctions contre Moscou. De plus, Washington intensifie la pression sur Kiev pour qu'il mette un terme aux frappes sur les infrastructures pétrolières russes et discute de futurs investissements américains dans le projet Nord Stream.
Ces initiatives, motivées par des considérations de politique intérieure américaine, prennent le Kremlin par surprise. Toutefois, les observateurs avertissent de ne pas se laisser emporter par l'enthousiasme. Le journal russe "Izvestia" cite des sources diplomatiques qui soulignent que les résultats des élections de mi-mandat pourraient poser un obstacle significatif. Le statut de "canard boiteux" du président américain limiterait sa capacité à se concentrer sur la diplomatie internationale.
Poutine semble particulièrement intéressé par l'idée de présenter un Donald Trump pris entre les Russes et les Chinois, face à des Européens qu'il considère comme le dernier rempart à une capitulation de l'Ukraine. Selon des médias américains, le président russe envisagerait même de promouvoir l'idée d'un "Yalta 2", une division officielle du monde entre trois grandes sphères d'influence, retransmise à l'échelle mondiale.
Bien que ce projet soit jugé utopique par certains observateurs, Poutine sait qu'il peut s'exprimer dans un langage familier à Trump. Dmitri Drize, rédacteur en chef adjoint du journal Kommersant, tempère cependant cet enthousiasme : "Tout cela reste théorique. La Russie est encore loin d'un nouveau 'Yalta', car il serait sage de prendre en compte l'avis du Vieux Continent si l'on souhaite partager le monde. L'Union européenne est le premier partenaire commercial de la Chine, et Xi Jinping apprécie cette idée. Pourquoi introduire des complications inutiles ? Pékin doit maintenir un équilibre des intérêts."
Cette dynamique triangulaire rappelle les années 1960, où l'on cherchait à rapprocher la Chine et les États-Unis pour contenir l'URSS, mais la situation actuelle est différente. Alexander Lomanov, directeur adjoint de l'Académie des sciences de Russie, souligne qu'il existe un fort niveau de confiance entre la Russie et la Chine, mais peu entre la Russie et les États-Unis, ainsi qu'entre la Chine et les États-Unis. Les analystes notent également que de nombreux sujets de discorde persistent. "Le président américain souhaite profiter de cette occasion pour engager des négociations sur la limitation des armes nucléaires, mais Pékin ne désire pas entrer dans ces discussions", conclut le journal RBK.