A Bruxelles, les trottinettes victimes collatérales du trafic de drogue
À Bruxelles, les trottinettes électriques, qu'elles soient privées ou partagées, ne seront plus autorisées dans 19 zones identifiées comme des "hotspots" de trafic de drogue. Cette décision a été officialisée par un arrêté de police signé par Boris Dilliès (MR), ministre-président bruxellois, le 19 octobre. La mise en œuvre de cette mesure est prévue du 26 octobre 2023 jusqu'au 15 novembre 2027. Selon Dilliès, cet arrêté vise à établir un cadre durable pour lutter contre le narcotrafic et les violences qui l'accompagnent.
Le dispositif mis en place s'articule sur plusieurs niveaux. Si certaines mesures sont applicables à l'ensemble de la région, d'autres sont spécifiques aux 19 hotspots. Les autorités locales ont également la possibilité de désigner des quartiers comme hotspots et de prendre des mesures supplémentaires, telles que la création de zones de circulation réservées aux résidents ou des couvre-feux. L'objectif est de fournir aux communes et à la police les outils nécessaires pour combattre le trafic de stupéfiants dans ces zones sensibles.
Bien que l'interdiction des trottinettes électriques soit une nouveauté, d'autres restrictions existent déjà. L'arrêté formalise des décisions antérieures, telles que l'interdiction d'utiliser des engins pyrotechniques, la consommation d'alcool sur la voie publique dans les hotspots et des contrôles d'identité permanents par la police. "La situation exige des mesures sérieuses", a déclaré le cabinet du ministre-président. "Nous voulons donner aux communes et à la police les moyens de lutter efficacement contre le trafic de drogues."
La décision d'interdire les trottinettes électriques découle de leur utilisation fréquente lors d'incidents violents liés au narcotrafic. En effet, entre le 1er janvier 2025 et le 30 septembre 2026, 175 fusillades ont été enregistrées à Bruxelles, dont 125 étaient directement liées à des activités de trafic de drogue. Parmi ces incidents, 56 ont impliqué des trottinettes électriques, soulignant ainsi leur rôle dans ces actes criminels. Les statistiques précises concernant les hotspots n'ont pas été divulguées.
Les maires des communes concernées accueillent généralement cette initiative avec un regard favorable. Martin de Brabant (MR), bourgmestre de Schaerbeek, évoque une précédente interdiction des trottinettes qui avait eu des effets positifs. Il estime qu'il est essentiel d'expérimenter toutes les mesures possibles. De son côté, Emir Kir, bourgmestre de Saint-Josse, soutient fermement l'interdiction en la qualifiant de "mesure essentielle" pour combattre la criminalité, tout en regrettant le temps nécessaire à la mise en place de telles décisions.
Les opérateurs de trottinettes en libre-service sont invités à mettre en œuvre des solutions techniques pour empêcher l'utilisation de leurs véhicules dans ces zones. Par exemple, les trottinettes partagées devront être programmées pour désactiver leur moteur à l'entrée des hotspots. Dott, l'un des principaux opérateurs à Bruxelles, a indiqué qu'il se conformera aux exigences de l'arrêté. De son côté, Bolt, l'autre acteur majeur, a exprimé sa volonté de coopérer tout en regrettant la méthode employée. "Nous sommes entièrement d'accord avec l'objectif de lutter contre le narcotrafic", a déclaré le porte-parole, Guillaume Burland, ajoutant qu'ils n'avaient pas encore été contactés par la région pour discuter de la mise en œuvre des restrictions.
Cependant, Bolt considère l'interdiction comme "disproportionnée", car elle affecte tous les utilisateurs de trottinettes dans ces quartiers, y compris ceux qui les utilisent pour des raisons légitimes comme se rendre au travail ou aux transports en commun. Les maires, quant à eux, estiment que cette mesure est justifiée, même si elle impacte un grand nombre de Bruxellois pour quelques dizaines d'incidents. "Aucun bourgmestre ne peut se permettre d'ignorer la sécurité de ses citoyens", a commenté l'un d'eux.