Après les émeutes à Paris, la police traque les casseurs grâce à 80.000 caméras : voici comment les enquêteurs procèdent
Assis dans un fauteuil de gamer, Bruno scrute attentivement l'un des dix écrans qui l'entourent. Avec sa souris en main, il se concentre sur une vidéo courte, convaincu d'avoir identifié un groupe de jeunes pillards ayant sévi durant un weekend particulièrement agité à Paris. Ces quatre individus, manifestement jeunes, ont vandalisé un commerce. Grâce aux caméras de surveillance de la voie publique et des réseaux de transports franciliens, cet enquêteur de l'unité d'expertise vidéo de la préfecture de police de Paris parvient à retracer leur parcours, les suivant presque jusqu'à leur domicile avec le butin en main.
Bruno travaille au sein du Centre de coordination opérationnelle de la sécurité (CCOS), qui est chargé de garantir la sécurité des transports en Île-de-France. Son équipe, composée d'une dizaine de personnes, s'active dans une salle exiguë, réalisant un travail minutieux suite à un weekend marqué par des actes de pillage et de destruction dans la capitale. Pour ce faire, ils s'appuient sur un impressionnant réseau de près de 80 000 caméras.
« Nous analysons les réseaux sociaux... puis nous effectuons des relectures avec nos outils pour vérifier la concordance entre les faits rapportés sur ces plateformes et ce que nous pouvons observer », explique Bruno. « Il se peut qu'une victime signale un incident sans se rendre directement au commissariat, souvent par choc ou par scepticisme quant à l'utilité de sa démarche. Cependant, elle peut en parler sur les réseaux sociaux. Nous pouvons alors vérifier les informations, retrouver la victime et corroborer les faits. Si nous constatons des éléments probants, nous les transmettons à notre service judiciaire pour qu'il prenne le relais », précise-t-il.
A l'issue de cette surveillance numérique, les informations recueillies sont transférées à des enquêteurs sur le terrain pour enrichir le dossier, la vidéo étant considérée comme une preuve incontestable. « Une personne peut prétendre 'ce n'est pas moi', mais si son visage apparaît dans la vidéo... », souligne une responsable. « Ce n'est pas l'unique outil à notre disposition, mais il s'avère très utile pour les enquêteurs. »
Cette unité a été mobilisée dans plusieurs affaires récentes, notamment celle d'une lieutenante stagiaire de police qui a été renversée et frappée au sol par des manifestants dans le 20e arrondissement, ainsi que lors d'incidents où des manifestants ont lancé des morceaux de cheminée sur les forces de l'ordre place de la Bastille.
Pour soutenir ces enquêteurs, Michel Lavaud, directeur de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, a annoncé la création d'une plateforme permettant aux citoyens, qu'ils soient voisins ou témoins, d'envoyer des vidéos. À la demande du Premier ministre Sébastien Lecornu, près de 200 enquêteurs ont été mobilisés pour mener les investigations judiciaires à la suite des violences survenues à Paris.
Une cellule de recherche a donc été constituée, rassemblant des enquêteurs des quatre sûretés territoriales de l'agglomération parisienne, de la sûreté régionale des transports et du département de lutte contre la criminalité organisée, afin d'examiner minutieusement tous les signalements ainsi que les images disponibles, qu'elles proviennent de la vidéoprotection, des caméras des commerces ou des vidéos sur les réseaux sociaux, comme l'a précisé la préfecture de police à l'AFP.
« Notre dispositif repose sur trois piliers complémentaires : dissuader par notre présence sur le terrain, interpeller en flagrant délit et poursuivre les investigations judiciaires sous l'autorité du parquet après les faits », a affirmé Patrice Faure, préfet de police de Paris. Au cours de la seule journée de dimanche, au moins 350 personnes ont été interpellées à Paris, où une trentaine de magasins ont été pillés.