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Saturday, 24 October 2026
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« Ça crée une angoisse » : cette avancée du quotidien met énormément de citoyens dans l’embarras, l’État belge attaqué en justice

De plus en plus de démarches administratives se font désormais via Internet ou des applications mobiles, mais cette évolution pose un problème majeur pour une part significative de la population. À 72 ans, Manu exprime ses frustrations face à ces nouvelles pratiques. « Réserver un billet de train en ligne est vraiment compliqué pour moi. Cela engendre une véritable angoisse. Nous ne sommes plus considérés comme des citoyens, mais comme de simples numéros dépendant d'une machine », déclare-t-il lors d'une interview avec Laura Van Lerberghe.

Malika, 63 ans, partage également son expérience. Ne sachant pas écrire, elle doit souvent demander de l'aide pour effectuer ses démarches. Elle déplore la disparition progressive des interactions humaines dans les banques. « Avant, il était possible d'aller directement à la banque et de recevoir des conseils personnalisés. Aujourd'hui, il n'y a plus cette possibilité. Les employés se contentent de dire que tout est accessible en ligne. Mais que faire si l'on ne sait pas comment s'y prendre ? » s'interroge-t-elle.

Cette digitalisation des services publics complique l'accès aux droits fondamentaux pour de nombreux citoyens. Selon la Fondation Roi Baudouin, 42 % des Belges âgés de 16 à 89 ans souffrent de vulnérabilité numérique, que ce soit par le manque d'accès à Internet ou par des difficultés à utiliser les outils numériques. Pour ces personnes, la transition vers des services dématérialisés constitue un obstacle supplémentaire dans des domaines cruciaux tels que la santé, les pensions ou les démarches administratives. Stéphane Vanden Eede, responsable de projet à l'association Lire et Écrire, souligne que « c'est une entrave qui complique encore plus des procédures déjà difficiles. Nous demandons que l'accompagnement humain soit maintenu pour aider les citoyens dans leurs démarches ».

Face à cette situation préoccupante, près de 50 associations et trois ONG ont décidé d'intenter une action en justice contre l'État belge. Elles estiment que la numérisation des services publics empêche une partie de la population d'accéder pleinement à ses droits. Sébastien François, collaborateur d'Unia, le Centre interfédéral pour l'égalité des chances, a constaté un afflux de témoignages. « Nous recevons tellement de signalements et de récits de situations difficiles que nous avons réalisé qu'il était impossible de continuer ainsi », précise-t-il.

Malgré certaines avancées législatives et une prise de conscience croissante des autorités, les associations jugent que les changements restent insuffisants. « Sur le terrain, nous constatons que rien ne change réellement. Une partie de la population est en train d'être laissée pour compte face aux bouleversements provoqués par la digitalisation des services », ajoute Sébastien François.

Les organisations demandent donc le maintien de guichets physiques et de démarches en personne, en complément des services numériques, afin de garantir à chacun un accès équitable aux services publics. Si l'État belge venait à être condamné, il serait contraint de mettre en place de nouvelles mesures pour assurer cet accès à tous.