Cholestérol. Et si les statines n’avaient plus d’impact sanitaire chez les personnes âgées ? Une étude bordelaise répond
Le professeur Jean-Philippe Joseph, médecin généraliste et directeur du département de médecine générale à l'Université de Bordeaux, ainsi que le professeur Fabrice Bonnet, chef du service de médecine interne et maladies infectieuses de l'hôpital Saint-André de Bordeaux, sont à l'origine d'une étude novatrice sur l'impact des statines chez les personnes âgées de plus de 75 ans. Ce projet, coordonné par le CHU de Bordeaux et l'Université de Bordeaux, soulève des questions cruciales sur l'utilisation de ces médicaments dans cette tranche d'âge.
Traditionnellement, les statines sont reconnues pour leur efficacité en « prévention secondaire », notamment pour réduire le risque de récidive après un événement cardiovasculaire, et ce, peu importe l'âge. Cependant, l'utilité de ces médicaments chez les personnes âgées en bonne santé, présentant un taux de cholestérol élevé sans antécédents de problèmes de santé majeurs, est moins claire. En effet, les médecins s'interrogent souvent sur la pertinence de prescrire des statines dans ces cas, se basant sur une approche de précaution. L'absence d'études réelles menées en milieu de soins primaires a motivé les chercheurs à réaliser cette enquête, qui a impliqué 1 160 patients, âgés en moyenne de 81 ans, provenant de 297 cabinets de médecine générale.
Débutée en 2014, cette étude couvre l'ensemble du territoire français et se concentre sur les effets des statines chez les personnes âgées en bonne santé, souffrant d'un taux de mauvais cholestérol élevé, mais sans antécédents cardiovasculaires. Un aspect important de cette recherche est la prise en compte des plaintes des patients concernant les effets secondaires des statines, qui sont souvent cités comme un motif d'arrêt du traitement.
La complexité de l'étude réside dans le fait qu'il s'agit de la première recherche interventionnelle menée auprès de patients en médecine générale, qui prennent des statines sans avoir jamais eu d'accident cardiovasculaire. Parmi ces patients, certains souffrent d'hypertension ou de prédiabète, ce qui ajoute une couche de vulnérabilité. Dans le groupe observé, plus de 1 000 participants ont été suivis médicalement et ont reçu soit des statines, soit des placebos, afin de comparer les effets de chaque traitement.
Les résultats de cette étude, intitulée SAGA, sont particulièrement révélateurs. Après trois ans d'interruption du traitement par statines chez des personnes âgées sans antécédents cardiovasculaires, il n'a pas été observé d'effet rebond sur la mortalité. Les données montrent également qu'il n'y a pas de différences significatives en termes d'accidents cardiovasculaires ni de qualité de vie entre les groupes ayant pris des statines et ceux ayant reçu des placebos. Ce constat est d'autant plus surprenant à la lumière des plaintes fréquentes concernant les effets secondaires, puisque les participants, qu'ils aient pris des statines ou non, continuent de signaler des douleurs musculaires.
Ces conclusions pourraient remettre en question les pratiques actuelles autour de la prescription de statines pour les personnes âgées en bonne santé, incitant à une réflexion plus approfondie sur l'évaluation des risques et des bénéfices de ces traitements dans cette population. Les chercheurs espèrent que leur travail contribuera à mieux orienter les décisions médicales concernant l'utilisation des statines chez les personnes âgées, en se basant sur des données probantes et des observations en vie réelle.