Décès d'Esekia à Frameries : 21 ans de réclusion pour le papa, 10 ans pour la maman
Dans le clos des Chardonnerets à Frameries, une famille de huit personnes réside dans une modeste maison sociale. Gilles Viaene, Marjorie Brizard et leurs six enfants, dont Esekia, né en janvier 2012, font partie de ce foyer. À l'âge de six mois, Esekia reçoit un diagnostic médical alarmant : un handicap moteur cérébral sévère. Les médecins estiment alors que l'enfant ne pourra ni parler, ni marcher, et que son espérance de vie pourrait atteindre une trentaine d'années.
Cependant, Esekia ne vivra jamais jusqu'à cet âge. Le 30 mai 2023, il décède sur le canapé de son salon, sous les yeux de son père, à seulement onze ans. Ce jour-là, à 13h33, Gilles envoie une vidéo de son fils à Marjorie, qui est au travail. Les images montrent un enfant extrêmement émacié, ayant de grandes difficultés à respirer. Malgré cela, il ne contacte les secours qu'une heure plus tard. À leur arrivée, il est déjà trop tard pour sauver Esekia.
Le 9 juin, dix jours après ce tragique événement, Gilles et Marjorie sont arrêtés. Une enquête judiciaire est ouverte à Mons, alors que la situation d'Esekia était déjà connue des services sociaux. En effet, une audience devait se tenir devant le tribunal de la jeunesse le 1er juin, deux jours après la mort de l'enfant, car il était considéré comme un mineur en danger.
À l'heure de son décès, Esekia ne pèse plus que douze kilos et son estomac est vide. Les analyses toxicologiques ne montrent aucune trace d'Artane, un médicament qui aurait dû lui être administré régulièrement pour ses troubles musculaires. Les médecins concluent que la cause de sa mort est une dénutrition chronique aggravée, ce qui signifie qu'Esekia est mort de faim.
L'enquête révèle que depuis l'âge de deux ans et demi, Esekia était pris en charge par le centre spécialisé Yakapa à Mons, où il se rendait trois jours par semaine. Malgré les efforts des professionnels pour s'occuper de lui, des difficultés récurrentes avec ses parents avaient été signalées. Les responsables du centre avaient remarqué que les parents ne se présentaient plus aux réunions et que l'enfant revenait souvent sale et amaigri après des week-ends passés chez lui. Une dette de 3 600 euros s'était également accumulée pour le centre.
Malgré ces alertes, Yakapa a continué de s'occuper d'Esekia jusqu'en février 2023. À ce moment-là, il devait intégrer un autre établissement spécialisé, l'Arbre vert, mais ses parents n'ont pas effectué les démarches nécessaires pour son admission. De plus, les aides proposées à la famille par les professionnels de santé ont souvent été refusées, les infirmières et kinésithérapeutes trouvant porte close à chaque visite. Ainsi, depuis février 2023, Esekia était entièrement sous la responsabilité de ses parents, et il est mort trois mois plus tard.
Lors du procès, la précarité financière de la famille a été largement discutée. Marjorie Brizard, qui travaille, et Gilles Viaene, sans emploi, doivent s'occuper de six enfants avec des revenus d'environ 4 700 euros par mois, jugés insuffisants pour subvenir aux besoins d'une si grande famille. La consommation de cannabis et de bière de Gilles, ainsi que ses dépenses dans les jeux en ligne, ont été mises en lumière, soulevant des questions sur les priorités financières du couple.
Le dossier judiciaire a connu plusieurs évolutions. Initialement, les parents étaient accusés de négligence, sans intention de causer la mort de leur enfant. Toutefois, à l'issue des procédures, une accusation de meurtre a été retenue, puis une qualification encore plus sévère, celle d'assassinat, a été envisagée par le ministère public. Cette dernière a finalement été retenue pour le renvoi devant la cour d'assises.
Le procureur Pierre Hustin a souligné que les parents ne pouvaient ignorer le danger mortel auquel leur fils était exposé. Pour l'accusation, la privation de soins et d'alimentation indispensable à la survie de l'enfant était volontaire. La défense, quant à elle, a plaidé pour une négligence dramatique sans intention de tuer.
Jeudi, le jury a rendu son verdict. Bien qu'il ait écarté l'accusation d'assassinat, il a reconnu les responsabilités distinctes des deux parents. Gilles Viaene a été reconnu coupable de meurtre, car il était présent dans le foyer durant les derniers mois de vie d'Esekia et n'a pas pu ignorer sa dégradation physique. En revanche, Marjorie Brizard a été jugée coupable de privation de soins, car elle a également manqué à ses obligations parentales.