Today's Post
Friday, 06 November 2026
Health

Emmanuel de Geuser, Vivalto : « Sur la santé populationnelle, le moment est venu de passer collectivement de la réflexion à l’expérimentation » - La Veille Acteurs de Santé

Face aux défis actuels du système de santé en France, Emmanuel de Geuser, Directeur Général de Vivalto Santé, souligne l'importance de la santé populationnelle comme moyen d'évolution. Il prône un passage d'une approche centrée sur la production de soins vers une responsabilité collective en matière de santé, en mettant l'accent sur la prévention, l'anticipation des risques et la coordination des parcours de soins. Fort de l'expérience de Vivalto en Espagne avec Ribera Salud, il souhaite appliquer ces enseignements à l'expérimentation en France, convaincu que le moment est venu d'agir.

Dans une interview accordée à La Veille Acteurs de Santé, De Geuser explique comment l'acquisition de Ribera Salud, il y a quatre ans, a été le déclencheur de cet intérêt pour la santé populationnelle. Selon lui, cette expérience a révélé les implications organisationnelles, médicales et économiques d'un modèle qui confie la responsabilité sanitaire d'une population de 150 000 à 250 000 habitants à un opérateur, rémunéré annuellement par habitant. Ce modèle de partenariat public-privé inclut la prise en charge de la médecine primaire, des soins ambulatoires et des hôpitaux, représentant ainsi une véritable délégation de service public.

De Geuser insiste sur le fait que la santé populationnelle ne se limite pas à un changement de financement, mais nécessite un changement de perspective. Il explique que la France repose encore sur un système où la rémunération est basée sur l'activité, tandis qu'en Espagne, le revenu est fixé à l'avance. Dans cette logique, l'objectif n'est pas de faire consommer des soins aux patients, mais de les garder en bonne santé. Pour cela, il est essentiel d'investir dans la prévention, le dépistage et la gestion des maladies chroniques.

Sur le terrain, cette approche se traduit par des initiatives concrètes. De Geuser cite un exemple marquant lors d'une réunion à Vinalopó, près d'Elche, où les équipes ont décidé d'allouer des ressources supplémentaires à la santé mentale dans les centres de médecine primaire, en réponse à des besoins non satisfaits, notamment chez les jeunes et les isolés. Bien que cet investissement n'ait pas généré de revenus immédiats, les équipes ont pensé à long terme, visant à prévenir des pathologies plus graves à l'avenir.

Au cœur de ce modèle se trouvent des centres de médecine primaire dotés d'équipes pluridisciplinaires, de télémédecine et d'outils numériques. Chaque patient est suivi par un duo médecin-infirmier, et l'intelligence artificielle est utilisée pour identifier les risques et organiser les suivis, tout en garantissant la présence d'un soignant accessible. De Geuser souligne que la responsabilité populationnelle ne peut être portée par un acteur seul, mais nécessite une collaboration entre les différents secteurs de la santé.

Concernant les résultats obtenus, De Geuser se réfère aux 25 années d'expérience de Ribera Salud, dont les premiers contrats datent de 1998. Les résultats sont prometteurs, avec des données indiquant des améliorations en matière de santé publique, une réduction des listes d'attente et une satisfaction élevée des patients. Cette expérience démontre qu'une organisation adaptée permet de mieux mobiliser les ressources pour le bénéfice de la santé collective.

Enfin, De Geuser estime que Vivalto Santé est bien positionné pour transposer ce modèle en France, grâce à son expérience opérationnelle avec Ribera Salud et aux données accumulées. Il souligne que cette approche pourrait transformer la manière dont le système de santé français fonctionne, en favorisant une meilleure organisation des parcours de soins et une allocation des ressources plus efficace, centrée sur la prévention et la coordination.