En Chine, les naufragés volontaires de la cité Evergrande
À Huailai, situé dans la vallée venteuse de la rivière Yongding, à environ 130 kilomètres au nord de Pékin, l'automne offre un climat frais et un silence apaisant. Deux couples de retraités s'occupent d'un jardin potager qu'ils qualifient d'« illégal ». Tandis que les hommes s'adonnent à une partie de mah-jong, leurs épouses s'affairent à nettoyer des calebasses fraîchement récoltées. « Nous profitons de cette situation, car l'année prochaine, ces parcelles redeviendront des espaces verts », explique l'une des femmes. « Le gouvernement local a averti les habitants qu'il allait reprendre possession des terrains. C'est une mauvaise nouvelle qui pourrait finalement s'avérer bénéfique. »
En arrière-plan, un groupe de tours résidentielles se dresse, dont neuf sont inachevées, dépourvues de toit et de fenêtres. Ces bâtiments resteront ainsi, car les grues qui étaient autrefois présentes ont disparu.
Cette situation à Huailai illustre le phénomène des « naufragés volontaires » à Evergrande, un promoteur immobilier chinois dont la faillite a profondément impacté de nombreux projets à travers le pays. Les résidents de ces constructions inachevées, qui avaient investi leurs économies dans des appartements qui n'ont jamais été terminés, se retrouvent dans une impasse. Beaucoup d'entre eux, comme ces retraités, ont décidé de s'installer malgré tout dans ces lieux abandonnés, espérant un jour voir leur rêve immobilier se réaliser.
Les conséquences de la crise immobilière en Chine se font sentir dans de nombreuses villes, et Huailai n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Les projets de construction stoppés laissent des traces visibles dans le paysage urbain, transformant des quartiers entiers en zones fantômes. Les personnes qui ont acheté des logements dans ces projets inachevés se retrouvent souvent dans une situation précaire, sans savoir si et quand leurs maisons seront enfin livrées.
Ce phénomène de naufragés volontaires s'explique par le fait que de nombreux acheteurs ont investi des sommes considérables dans des propriétés promises, mais qui n'ont jamais vu le jour. Face à l'absence de solutions viables, certains ont choisi de s'installer dans ces bâtiments inachevés, malgré les risques liés à la sécurité et au confort de vie. Ils espèrent que leur présence pourrait inciter les autorités à reprendre les travaux ou à trouver des solutions pour relancer les projets.
Les témoignages des résidents témoignent de la détresse et de l'incertitude qui règnent dans ces communautés. « Nous avons mis toutes nos économies dans cet appartement, et nous ne savons même pas si nous pourrons un jour y vivre », confie un homme d'une soixantaine d'années. « Nous avons décidé de rester ici, car nous n'avons pas d'autre choix. »
Les autorités locales ont promis de prendre des mesures pour résoudre la crise, mais les promesses restent souvent sans effet. Les projets de relance sont souvent entravés par des problèmes de financement et de gestion. Cette situation a conduit à une perte de confiance parmi les acheteurs, qui se sentent abandonnés par le système.
Alors que la crise immobilière en Chine continue de se dérouler, de nombreux citoyens se retrouvent coincés entre leurs rêves de propriété et la dure réalité de l'échec des projets. À Huailai, comme dans d'autres régions, l'avenir reste incertain, mais les résidents continuent de cultiver l'espoir, même dans des conditions difficiles.