Éthiopie: du TPLF aux milices Fano, qui défie le pouvoir d'Abiy Ahmed?
Quatre ans après la conclusion du conflit au Tigré, l'Éthiopie est à nouveau plongée dans la guerre. Depuis le 22 septembre 2026, l'armée fédérale est engagée dans des combats contre sept groupes armés réunis au sein de la Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie, une alliance qui vise à renverser le Premier ministre Abiy Ahmed, en poste depuis 2018, et à établir un gouvernement de transition. Cette coalition a été officiellement constituée le 20 septembre 2026.
Le Front de libération pour le peuple du Tigré (TPLF) est la principale force de cette coalition. Ayant dirigé l'Éthiopie pendant près de trois décennies, de 1991 à 2018, au sein du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), le TPLF possède également une expérience militaire significative grâce à sa branche armée, les Forces de défense du Tigré (TDF). Ces dernières ont affronté l'armée fédérale lors de la guerre au Tigré entre 2020 et 2022, un conflit qui a causé plus de 600 000 décès et qui figure parmi les plus meurtriers du XXIe siècle. Bien qu'un accord de paix ait été signé à Pretoria le 3 novembre 2022, les tensions entre Mekele, la capitale du Tigré, et le gouvernement fédéral n'ont jamais réellement disparu.
Selon Matthew de Waal, expert de la Corne de l'Afrique, le gouvernement d'Addis-Abeba a utilisé l'accord de Pretoria pour délégitimer Mekele, laissant la région dans une situation de vide paralysant. Le TPLF, de son côté, a également exacerbé les tensions en mai 2026 en destituant Tadesse Werede, le président de l'Administration intérimaire, pour rétablir un parlement régional qu'il jugeait illégitime.
Le TPLF a aussi critiqué l'inaction du gouvernement sur la question du Tigré occidental, un territoire connu sous le nom de Wolkayt, occupé par les forces spéciales amhara et les milices Fano pendant le conflit précédent. Human Rights Watch a signalé que la région Amhara applique une politique discriminatoire envers la population tigréenne dans ce territoire.
Malgré leurs différends passés, le TPLF et les Fano semblent avoir mis de côté leurs rancunes pour former la nouvelle coalition. Bien que les Fano aient combattu aux côtés de l'armée fédérale durant la guerre au Tigré, ils se sont sentis exclus de l'accord de Pretoria et se sont donc retournés contre leurs anciens alliés. Depuis avril 2023, les Fano, qui comptent entre 15 000 et 20 000 combattants, affrontent l'armée fédérale dans le nord du pays, tandis que cette dernière intensifie ses frappes aériennes.
Alors que les Fano ouvrent plusieurs fronts en Amhara, dans des villes comme Sekota, Lalibela et Woldiya, les TDF et leurs alliés du Front uni démocratique révolutionnaire afar (Ugugumo) ont perdu les villes qu'ils avaient conquises dans la région Afar, qui ont été reprises par l'armée lors de sa contre-offensive.
Cette contre-offensive s'est concentrée sur le Tigré, permettant à l'armée fédérale de prendre Alamata le 28 septembre, avant d'entrer à Mekele sans combattre. Cette victoire est significative pour le gouvernement, mais elle suscite également des craintes d'une escalade du conflit, pouvant impliquer l'Érythrée.
Les autorités éthiopiennes accusent le pays voisin de soutenir les groupes armés dans leur offensive, en raison du soutien informel d'Asmara au TPLF. Bien que les relations entre l'Éthiopie et l'Érythrée aient été rétablies en 2018, menant à l'attribution du prix Nobel de la paix à Abiy Ahmed, la situation s'est détériorée depuis l'accord de Pretoria. Yohannes Woldemariam, professeur de relations internationales à l'université du Colorado, souligne que la rhétorique d'Abiy Ahmed concernant l'accès à la mer Rouge a irrité l'Érythrée, qui perçoit désormais Addis-Abeba comme une menace pour sa souveraineté.
Depuis le 7 octobre 2026, des troupes érythréennes ont été repérées au nord du Tigré, notamment dans les environs d'Adigrat, à seulement 25 kilomètres de la frontière érythréenne, ce qui pourrait indiquer une implication accrue d'Asmara dans le conflit en cours.