Il a piloté un cargo russe à la main pour tester l'amarrage : peu après, la coque de Mir était percée en orbite
Un incident survenu lors d'un test de routine a conduit à une situation critique pour la station spatiale Mir, mettant en lumière des enjeux de souveraineté technologique pour la Russie. Le 23 juillet 1997, un cargo ravitailleur Progress M-34, pesant plus de 7 tonnes, a été piloté manuellement par le cosmonaute Vassili Tsibliev dans le cadre d'un essai du système de pilotage TORU, une alternative entièrement russe au système ukrainien Kurs, qui avait été utilisé auparavant pour les manœuvres d'amarrage.
Mir, qui a été lancée dans les années 1980, représentait l'expertise soviétique en matière de vols habités de longue durée. Cependant, la dépendance vis-à-vis de technologies ukrainiennes pour des opérations critiques a incité les ingénieurs russes à développer une solution interne. Le système TORU permettait à un cosmonaute de contrôler l'approche d'un vaisseau depuis l'intérieur de la station, mais cela nécessitait une confiance totale dans les capacités humaines de pilotage.
Le test a été mené en été, sous la supervision de Tsibliev, qui avait déjà une expérience de vol significative, y compris une collision orbitale en 1994. Pendant l'exercice, le cargo Progress M-34 devait s'amarrer au module Kvant-1, mais des modifications imprévues de son centre de gravité dues à une surcharge ont affecté sa trajectoire et sa réponse aux commandes.
Lors de l'approche, le cargo n'a pas freiné comme prévu, percutant un panneau solaire du module de recherche Spektr et perçant la coque de Mir. En quelques instants, la station a commencé à perdre sa pression atmosphérique, un signe alarmant pour l'équipage. Dans cette situation d'urgence, chaque seconde était précieuse.
Mike Foale, un astronaute américain en mission sur Mir, a suivi sa formation en se réfugiant dans le vaisseau Soyouz, qui servait de canot de sauvetage. Réalisant que Tsibliev et l'ingénieur de vol Alexander Lazutkin n'avaient pas rejoint le Soyouz, il a décidé de sortir pour les aider, un choix qui témoigne de son courage et de son sens du devoir envers ses camarades.
L'équipage a alors entrepris une opération risquée pour isoler le module Spektr afin d'empêcher la dépressurisation de Mir. Ils ont dû sceller l'écoutille reliant Spektr au reste de la station, mais cette tâche était compliquée par de nombreux câbles électriques, notamment ceux alimentant les panneaux solaires. Déterminés, les cosmonautes ont sectionné à la main ces câbles pour fermer et verrouiller l'écoutille, réussissant ainsi à stopper la fuite d'air avant qu'elle ne devienne fatale.
Bien que l'équipage ait survécu à cet incident, la station a subi des conséquences significatives. En sacrifiant l'alimentation de Spektr, Mir a perdu près de la moitié de sa capacité énergétique, ce qui a compliqué la gestion des systèmes de survie et des expériences scientifiques en cours. Une sortie extravéhiculaire a été organisée quelques semaines plus tard pour évaluer les dégâts et tenter de reconnecter certains circuits, mais Spektr n'a jamais été complètement remis en service. Ce module est resté comme une cicatrice visible sur la station jusqu'à sa désorbitation et sa désintégration dans l'atmosphère en 2001.
Ce cas est désormais considéré comme un exemple marquant dans l'histoire de l'exploration spatiale, mettant en évidence les dangers liés à la précipitation dans le développement de technologies critiques. Près de trois décennies plus tard, les stations spatiales modernes continuent de s'appuyer sur des systèmes d'amarrage sophistiqués, mais l'incident de Mir rappelle l'importance d'une préparation minutieuse et d'une indépendance technologique réfléchie pour assurer la sécurité des équipages spatiaux.