Today's Post
Sunday, 25 October 2026
Entertainment

Laurent Gaudé : "Puis, on apprend la nouvelle et ce sont partout des hurlements de joie !"

Obtenir le prix Goncourt pour son troisième roman à seulement 32 ans est un accomplissement remarquable, propulsant Laurent Gaudé, né à Paris en 1972, au rang de figure emblématique de la littérature contemporaine. En 2006, il a rapporté ce prestigieux prix à la maison d'édition Actes Sud, fondée par le Belge Hubert Nyssen et actuellement dirigée par sa fille Françoise Nyssen. À l'époque, Actes Sud, basée à Arles, était encore perçue comme une "petite maison de province" par le milieu littéraire parisien. Cependant, la reconnaissance acquise grâce à son roman, Le Soleil des Scorta, a marqué un tournant pour la maison d'édition. "Il est certain qu'il y a un avant et un après Goncourt. C'est arrivé très tôt dans ma carrière. J'avais cette impression que c'était derrière moi, et j'en étais libéré. Je n'avais pas eu le temps de l'attendre", confie-t-il.

Avant de revenir sur cette journée mémorable de la remise du prix, Laurent Gaudé, auteur de romans aussi captivants qu'Eldorado, Ouragan, Écoutez nos défaites et La porte des Enfers, évoque un moment marquant de son adolescence. "Ça a pas mal basculé, en réalité", déclare-t-il, légèrement essoufflé par un contretemps dans le métro. "À 16 ans, mes parents m'ont emmené pour la première fois au Festival d'Avignon. J'ai été frappé par l'énergie de cette ville vibrante de théâtre. J'ai vu Hamlet mis en scène par Patrice Chéreau dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, et c'était incroyable. J'ai eu envie de participer, mais ma timidité m'a retenu. L'écriture est devenue le seul moyen pour moi de m'impliquer. Dans la vie, nos choix sont souvent influencés par nos incapacités. J'ai rêvé d'écrire depuis mes vingt ans. C'est ainsi que j'ai commencé à écrire des pièces de théâtre, ce qui me permettait de participer tout en gardant mes distances.

Laurent Gaudé a donc poursuivi des études de Lettres modernes avant de se tourner vers le théâtre. Bien qu'il apprécie cette forme d'écriture, il ne se considère pas comme un dramaturge à l'instar de Molière, préférant garder ses distances, semblable à Paul Claudel. Si le théâtre joue un rôle crucial dans sa vie, il ne néglige pas le roman. Son premier ouvrage, Cris, est publié en 2001, mais c'est avec La mort du Roi Tsongor, l'année suivante, que sa carrière prend un véritable essor, suscitant l'intérêt des libraires et des jurés du Goncourt. Ce dernier lui attribue finalement le Goncourt des lycéens, une distinction très prisée.

Lorsqu'il commence à écrire Le Soleil des Scorta en 2004, Laurent Gaudé fait face aux mêmes défis que pour ses précédents livres. Cependant, à mesure que le roman circule au sein de la maison d'édition, il ressent un intérêt croissant de la part des libraires et des lecteurs. Lorsqu'il se retrouve dans la dernière ligne droite pour le Goncourt, la pression monte. "Le jour J, nous étions tous réunis chez Actes Sud à Paris. J'étais arrivé à 12h30, et Françoise Nyssen s'inquiétait. Nous écoutions la radio. Le verdict devait être annoncé à 13h. À 12h59, Françoise reçoit un appel téléphonique. Elle ne sait pas qui l'appelle, mais elle revient vers nous et dit : 'Je crois que c'est bon !' Puis, nous avons appris la nouvelle, et ce furent des cris de joie partout. Ensuite, nous avons couru dans un café de Saint-Germain-des-Prés pour répondre aux journalistes. À l'époque, nous n'allions pas directement au restaurant Drouant pour rencontrer les jurés. Ce fut une journée folle et longue, qui a duré deux ou trois jours. C'était vertigineux, un véritable cadeau. Les interviews se sont poursuivies le lendemain. Il m'a fallu du temps pour redescendre sur terre. Vers 23h, j'ai demandé à Françoise Nyssen s'il ne fallait pas remercier les jurés. Comme elle n'en avait pas l'habitude, elle ne savait pas comment faire. J'ai donc contacté Edmonde Charles-Roux, la présidente du jury, pour lui exprimer ma gratitude.

Depuis ce jour mémorable, Laurent Gaudé n'a cessé d'écrire, captivant ses lecteurs à un rythme soutenu. Il a produit des pièces de théâtre, des romans, mais également de la poésie et des reportages, notamment à la suite de ses voyages avec le photographe belge Gaël Turine à Port-au-Prince, au Kurdistan irakien et dans la jungle de Calais. Sa nouvelle, Les Oliviers du Négus, vient d'être adaptée avec succès en bande dessinée par David Prudhomme dans la collection Virages graphiques d'Actes Sud BD, et il se réjouit également de la sortie de Pour seul cortège par Alfred aux éditions Delcourt.