Les Belges ont-ils toujours intérêt à se laisser tenter par les bons d’État ? Il faut qu’une condition soit remplie pour avoir un rendement positif
Les discussions budgétaires en Belgique stagnent, suscitant des inquiétudes au sein de l'Agence fédérale de la Dette. L'absence d'accord pourrait entraîner des retards dans certaines opérations et exercer une pression sur les taux d'intérêt. Jean Deboutte, directeur de l'Agence, a déclaré : « Ce qui nous préoccupe le plus, c'est qu'il n'y ait pas d'accord ce week-end ou la semaine prochaine, ce qui nous conduirait à un système de douzièmes provisoires. En conséquence, tout serait retardé, ce qui pourrait encore accroître la pression sur les taux d'intérêt. »
Dans ce contexte, un nouveau bon d'État devrait être proposé à la fin du mois de novembre, deux mois après une précédente émission qui avait permis de récolter 1,2 milliard d'euros. Alors que le déficit s'accroît et que le coût du financement de la dette devient de plus en plus élevé, le gouvernement cherche à emprunter auprès des particuliers.
En septembre 2023, les bons d'État ont connu un succès sans précédent, avec un montant total de 21,9 milliards d'euros collectés. Le principe de ces bons est simple : les épargnants prêtent de l'argent à l'État, qui s'engage à rembourser le capital ainsi que les intérêts à l'échéance.
Cependant, il est important de mettre en perspective le rendement proposé. Jean Deboutte souligne que ces émissions permettent aux particuliers de tirer parti de l'évolution des taux sur le marché. « Si les taux augmentent, il est préférable de les offrir aux Belges, aux particuliers, plutôt qu'aux investisseurs étrangers », a-t-il affirmé.
Malgré cela, le taux annoncé ne suffit pas à évaluer l'attrait de ce type d'investissement. Avec un rendement brut de 4,3 %, le précompte mobilier de 30 % ramène ce rendement à environ 3 % après imposition. Si l'inflation venait à dépasser ce taux, le rendement réel deviendrait négatif, ce qui soulève des interrogations sur l'intérêt de ces bons d'État.
Mikael Petitjean, professeur de finance à la Louvain School of Management, estime qu'une condition doit être remplie pour que cet investissement soit réellement rentable : « Il est nécessaire d'anticiper une baisse de l'inflation, en moyenne en dessous de 3 %, pour obtenir un rendement positif après taxation. »
Actuellement, la dette belge s'élève à près de 58.000 euros par habitant, ce qui place le pays au quatrième rang des nations les plus endettées de la zone euro, derrière la Grèce, l'Italie et la France. Dans ce contexte, les bons d'État représentent une des solutions envisagées pour financer les besoins de l'État à travers l'épargne des citoyens.