Les femmes sont plus touchées que les hommes par les troubles dépressifs et anxieux et cette inégalité commence dès l'adolescence | TF1 Info
Les femmes sont plus susceptibles de souffrir de dépression, une tendance qui se manifeste dès l'adolescence, selon un rapport récemment publié par le Haut Conseil à l'Égalité (HCE). Ce document, diffusé le 2 novembre, présente des données de Santé publique France révélant que 18,2 % des femmes sont touchées par des troubles dépressifs, contre 12,8 % chez les hommes. Le HCE a analysé les facteurs qui contribuent à cette disparité, rejetant l'idée selon laquelle elle serait simplement due à une "vulnérabilité féminine" ou à une réticence masculine à exprimer leur souffrance. Au lieu de cela, le rapport souligne que les femmes sont souvent confrontées à des violences sexistes et sexuelles, à la précarité, à la charge mentale, et à des normes de genre restrictives, ce qui complique leur accès aux soins.
Cette inégalité en matière de santé mentale se manifeste dès la puberté. Avant l'âge de 11 ans, il n'existe pas de différence significative entre les sexes, mais cette disparité se creuse au cours de l'adolescence. Le rapport indique que "les troubles mentaux, tels que la dépression et l'anxiété, représentent la principale cause de problèmes de santé chez les jeunes de 15 à 19 ans," et affectent les filles deux fois plus que les garçons. L'écart commence à se former dès 12 ans et atteint son maximum à 16 ans, période marquée par des changements hormonaux et émotionnels intenses. Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale, souligne que ces jeunes filles sont confrontées à une régulation précoce de leurs émotions, ce qui peut influencer leur vie d'adulte en créant une charge mentale significative.
Le HCE attribue également la prévalence des troubles mentaux chez les filles à des facteurs socioculturels. La socialisation différenciée joue un rôle majeur, où les filles sont souvent encouragées à l'introspection et à la conformité, tandis que les garçons sont plus souvent poussés à extérioriser leurs émotions. Pascal Anger, psychologue, note que malgré les efforts pour égaliser l'éducation entre les sexes, des différences persistent. De plus, l'impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents est préoccupant. Un usage excessif de ces plateformes pourrait être lié à 590 000 cas supplémentaires de dépression parmi les jeunes nés entre 1990 et 2012, en raison des normes de beauté idéalisées qui favorisent la comparaison sociale et engendrent un sentiment d'inadéquation.
Les jeunes filles sont particulièrement touchées par ces normes, ce qui peut entraîner des troubles alimentaires. Le HCE souligne que l'anorexie affecte plus de 80 % des filles, augmentant le risque de dépression majeure de 2,6 à 4 fois et présentant le taux de suicide le plus élevé parmi les maladies psychiatriques. De plus, elles sont plus vulnérables au "revenge porn," une forme de violence psychologique et sexuelle.
Enfin, le rapport aborde également l'impact des violences physiques et psychologiques, tant dans le cadre familial qu'extérieur. Selon l'enquête Virage menée par l'Institut national d'études démographiques, 18 % des femmes et 13 % des hommes déclarent avoir été victimes de violences avant 18 ans. Bien que les violences physiques ne diffèrent pas significativement entre les sexes, les violences sexuelles et psychologiques sont plus fréquentes chez les filles. Le HCE précise que ces types de violence contribuent à des conséquences psychologiques à long terme. Il met également en lumière un cycle de violence genrée, où les garçons exposés à des violences sont plus susceptibles de reproduire des comportements violents, tandis que les filles sont davantage à risque de subir des violences elles-mêmes.