Les partis arabes triomphent aux élections en Israël : "Ils ont compris que la seule solution, c'est de jouer le jeu de la démocratie"
Un résultat sans précédent. Les médias israéliens qualifient ainsi le score des partis arabes lors des élections législatives du 27 octobre, qui leur ont permis de remporter 19 des 120 sièges de la Knesset, le Parlement d'Israël. La Liste unifiée, regroupant trois partis représentant la population palestinienne d'Israël, a obtenu 11 sièges, tandis que la Liste arabe unie, dirigée par Mansour Abbas, a obtenu 8 sièges. Ces résultats les positionnent comme des acteurs potentiels dans la formation de la future coalition gouvernementale, car ni le Likoud ni le bloc d'opposition de Gadi Eisenkot ne parviennent à atteindre la majorité requise de 61 sièges.
La Liste unifiée a d'ores et déjà fait savoir qu'elle ne souhaitait pas intégrer un gouvernement sioniste. En revanche, la Liste arabe unie, sous la conduite de Mansour Abbas, a indiqué être ouverte à une participation au sein de l'exécutif israélien. Lors de la précédente législature, Ra'am avait déjà expérimenté cette participation en intégrant une coalition dirigée successivement par Naftali Bennett et Yair Lapid. François Dubuisson, professeur à l'ULB et directeur adjoint du Centre de droit international, souligne que c'est la première fois dans l'histoire politique d'Israël qu'un parti arabe participe à une majorité gouvernementale. Cette coalition avait été formée en grande partie pour évincer Benjamin Netanyahou, mais la présence de Ra'am a contribué à sa chute un an plus tard.
Elena Aoun, professeure à l'UCLouvain et experte du Moyen-Orient, exprime son étonnement face au soutien massif accordé à Benjamin Netanyahou et à son parti, le Likoud, malgré les révélations concernant sa connaissance préalable des événements tragiques du 7 octobre 2023. Les deux chercheurs s'accordent à penser que la volonté d'écarter Netanyahou de la scène politique israélienne, notamment pour permettre l'établissement d'une commission d'enquête sur l'attaque terroriste du Hamas, a favorisé une forte mobilisation de l'électorat arabe. Cette dynamique offre aux partis arabes la possibilité de bloquer la reconduction de la majorité sortante, composée de la droite et de l'extrême droite.
Les citoyens arabes représentent environ 20 % de la population israélienne. Avec 19 députés, les partis arabes obtiennent ainsi plus de 15 % des sièges à la Knesset. Elena Aoun rappelle que si l'on parle beaucoup des souffrances des Palestiniens à Gaza, on évoque moins souvent la situation des citoyens palestiniens d'Israël, notamment à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, qui subissent également des difficultés croissantes depuis le 7 octobre. Cette communauté est consciente que son existence est menacée.
François Dubuisson note qu'il y a eu une forte mobilisation parmi la population arabe pour voter, alors que traditionnellement, il existe une tendance au boycott des élections. Les citoyens israéliens d'origine palestinienne estiment souvent que leur vote n'a pas d'impact sur un système politique qu'ils considèrent discriminatoire. Il souligne également l'exclusion quasi-systématique des partis arabes par le comité électoral de la Knesset, qui les contraint à des recours devant la Cour suprême pour participer aux élections.
Elena Aoun ajoute que cette fois-ci, les leaders des communautés arabes ont réellement tenté de s'unir et d'adopter une approche stratégique pour les élections. Ils ont compris que la seule solution consiste à jouer le jeu de la démocratie autant que possible. Si Israël souhaite rester une démocratie, il ne peut ignorer cette avancée des partis arabes, en les maintenant à l'écart de la vie politique. Cependant, un défi se profile, car à l'exception du Parti démocrate dirigé par Yair Golan, toutes les autres formations politiques semblent avoir écarté toute possibilité de collaboration avec la Liste arabe unie et la Liste unifiée.