"L’interdiction du téléphone au lycée ne doit pas remplacer la prévention", alertent les scientifiques
Une nouvelle réglementation entrée en vigueur depuis la rentrée 2026 interdit l'utilisation des téléphones portables dans les lycées, une mesure visant à améliorer la concentration des élèves et à favoriser les interactions entre eux. Cependant, des experts mettent en garde contre le fait que cette interdiction ne doit pas remplacer une éducation adéquate sur l'utilisation des smartphones. Marc Tadié, ancien neurochirurgien et auteur de "Le cerveau sans mémoire, un tsunami nommé smartphone", ainsi que Laure Geisler, médecin généraliste et créatrice du site lecoeurnet, soulignent que cette mesure peut être bénéfique, mais qu'elle doit être accompagnée d'une formation approfondie sur les avantages et les dangers liés à l'utilisation des smartphones.
Les conséquences d'un usage excessif des téléphones portables sur la santé sont bien documentées. Parmi les problèmes les plus fréquents, on trouve les troubles du sommeil, qui peuvent se manifester par un endormissement tardif et un sommeil agité. Marc Tadié explique que la lumière bleue émise par les écrans perturbe la sécrétion de mélatonine, une hormone essentielle à l'endormissement, particulièrement chez les adolescents dont le rythme biologique est déjà décalé. Elle souligne aussi que le sommeil est crucial pour la santé mentale, car il permet au cerveau de se reposer et de consolider les apprentissages. Des troubles du sommeil peuvent ainsi favoriser l'anxiété et la dépression.
Laure Geisler évoque également les effets indirects d'une utilisation prolongée des téléphones, notant un lien entre l'exposition aux écrans, la sédentarité et l'isolement social. De plus, une exposition excessive aux écrans augmente le risque de développer une myopie. Toutefois, ce qui préoccupe particulièrement Marc Tadié, ce sont les effets sur le développement du cerveau, notamment en ce qui concerne l'attention et la concentration. Des études par IRM fonctionnelles montrent des atrophies dans certaines zones du cerveau liées à la mémoire et à l’attention. Il explique que le cerveau, comme un muscle, se développe lorsqu'il est utilisé, mais s’atrophie lorsqu'il est peu sollicité.
Bien que l'interdiction du téléphone au lycée puisse offrir une "pause numérique" bénéfique, Laure Geisler avertit qu'elle ne doit pas se transformer en une mesure culpabilisante pour les jeunes. Elle souligne que la responsabilité incombe aux adultes qui n'ont pas su protéger les adolescents face à cette technologie. De plus, cette mesure ne règle pas les comportements liés à l'utilisation des téléphones à la maison. Il est donc crucial d'enseigner une meilleure hygiène numérique, ce que Marc Tadié considère comme essentiel. Selon lui, l’interdiction peut être un premier pas, mais elle ne doit pas remplacer des efforts préventifs.
Marc Tadié plaide pour une sensibilisation précoce, dès le collège, voire à l'école primaire. Il est important d'apprendre aux jeunes ce qu'est un smartphone, comment l'utiliser de manière responsable, ainsi que ses avantages et inconvénients. Il évoque des études menées en Chine et aux États-Unis où des étudiants ont été isolés pendant plusieurs jours, certains sans smartphone, d'autres avec un usage limité, et d'autres en liberté totale. Les résultats montrent que ceux privés de leur téléphone se sentent mieux mentalement, prennent conscience de leur dépendance et sont plus enclins à utiliser leur appareil de manière raisonnée.
Laure Geisler partage cette vision d'une éducation collective qui doit réunir les jeunes, les parents et l'école. Elle insiste sur l'importance de l'exemplarité parentale, déclarant que les parents accrochés à leur téléphone ne donnent pas le bon exemple. Par ailleurs, l'école doit également être en mesure de prendre en compte des situations particulières et de prévoir des exceptions lorsque cela est nécessaire. En somme, une approche triangulaire est essentielle pour encadrer l'utilisation des smartphones chez les adolescents.