"On ne s'attendait pas à cette réaction du public, qui n'est pas du tout dans nos usages. Il a dû nous voir comme un ovni"
Depuis quatre décennies, Nicole Mossoux et Patrick Bonté collaborent étroitement au sein de la compagnie Mossoux-Bonté. Nicole, danseuse et chorégraphe, et Patrick, metteur en scène et dramaturge, se démarquent par leur approche unique qui les pousse à s'éloigner des conventions habituelles de leurs disciplines. Ils créent alternativement des projets de théâtre-danse qui s'inspirent de la littérature, des arts visuels, de la musique et même de la psychanalyse, tout en développant un langage inédit qui stimule l'imaginaire du public. Leur dernière œuvre, intitulée Variations sur les passions humaines, invite les spectateurs dans une scène fictive où cinq visiteurs d’un autre monde tentent de s'adapter à l'humanité.
« En quarante ans, nous avons conçu quarante créations et voyagé à travers quarante pays », indique modestement Patrick Bonté. Nicole ajoute : « Nous avons eu l'opportunité de performer sur les cinq continents. L'un des avantages de ne pas utiliser de texte est que notre travail peut être compris et apprécié dans diverses cultures. Cela a véritablement façonné l'identité de notre compagnie : nous cherchons constamment à établir une connexion significative avec le public, peu importe son parcours ou son niveau de familiarité avec le théâtre ou la danse. »
Pour Patrick, « il s'agit aussi d'un partage d'imaginaire ». Il souligne que, peu importe les lieux où ils se produisent — que ce soit en Afrique, en Australie, en Europe, aux États-Unis, en Russie ou en Asie —, il existe une dimension partagée dans l'imaginaire humain qui transcende les conditions de vie et les différences sociales. Nicole et Patrick ont pu constater cela lors de leurs nombreuses tournées. « Nous avons parfois été surpris », confie Patrick, « en jouant dans des endroits où notre approche scénique aurait pu sembler incompréhensible, mais où la rencontre avec le public a été particulièrement riche et intéressante. »
Un souvenir marquant remonte à 1988, lorsque leur compagnie venait de se former. À La Raffinerie, alors dirigée par Frédéric Flamand, ils ont présenté leur premier spectacle, Juste Ciel. Nicole décrit cette œuvre comme un solo abordant le catholicisme, les relations entre adultes, le corps et les pulsions, tout en évoquant l’enfermement lié à l’éducation religieuse.
Lors d’une tournée au Mexique, qui incluait Mexico, Guanajuato et Aguascalientes, une ville de taille modeste où la danse contemporaine était peu connue, Patrick se souvient d'un public très hétérogène, comprenant des habitants de la campagne et des citadins. « C'était un public très réceptif, mais ils devaient nous percevoir comme des extraterrestres », explique-t-il. À l'inverse, quelques mois plus tard, ils jouaient à Boston devant un public composé de spécialistes — critiques, universitaires et danseurs — qui avait des attentes très différentes. Patrick souligne : « Cette diversité de public nous a éclairés sur notre méthode de travail. Nous avons compris qu'il était crucial de pouvoir s'adresser à tous. »
Comment leur spectacle a-t-il été reçu ? Nicole exprime : « Jouer dans d'autres cultures offre une grande liberté. À Bruxelles, la présence d'amis ou de connaissances dans le public peut créer une pression supplémentaire. En tournée, nous avons l'occasion de nous lancer sans appréhension. Au Mexique, nous avons toujours été chaleureusement accueillis, ce qui nous a permis de nous libérer de nos peurs. » Elle se souvient cependant d'un moment d'inquiétude avant de jouer à Aguascalientes, en raison des conditions techniques rudimentaires. « À un moment, il fallait glisser sur le sol avec nos chaussettes, alors nous avons dû réparer le plancher. » Mais le moment le plus marquant pour eux fut à la fin du spectacle, lorsque le public faisait la queue pour obtenir des autographes. « Nous n'avions pas anticipé cette réaction touchante, qui n'est pas courante pour nous. C'était une manière de nous remercier et de garder un souvenir tangible de notre rencontre », se remémore Patrick.
Il conclut : « Les tournées nous réservent souvent des surprises, notamment à travers les rencontres humaines. Nous avons découvert des perspectives du monde à la fois très différentes et, paradoxalement, proches de nous. Notre carrière n'aurait pas été la même sans ces voyages et ces échanges avec des personnes diverses. »
La création Variations sur les passions humaines se déroulera du 13 au 17 octobre aux Tanneurs, en collaboration avec Charleroi danse, pour une durée d'environ une heure. Pour plus d'informations et de réservations, il est possible de contacter le 02.512.17.84 ou de visiter le site lestanneurs.be. Des anecdotes supplémentaires sur la compagnie Mossoux-Bonté sont disponibles dans le recueil "Traverser les mondes", publié par Éd. L'Œil d'or en 2025.