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Sunday, 18 October 2026
Science

Pesticides : ces pays qui font le choix du changement - RTBF Actus

Imaginez des champs de betteraves, de pommes de terre et de haricots cultivés sans aucun produit chimique pour protéger les cultures. C’est ce qu’ont réalisé des chercheurs français pendant plus de dix ans dans le cadre d’un projet nommé Rés0Pest. Ce programme a été mené sans pesticides, fongicides, insecticides ni traitements des semences avant leur plantation.

Les résultats ont été étonnants. Dans certains cas, les récoltes se sont révélées aussi bonnes, voire meilleures, que celles des agriculteurs voisins qui utilisaient des produits chimiques. Une question se pose alors : les agriculteurs parviennent-ils à s’en sortir financièrement ? La réponse est positive. Dans près de la moitié des exploitations participant au programme, les agriculteurs ont réussi à générer un revenu compris entre deux et trois fois le salaire minimum mensuel. Dans huit cas sur dix, les revenus atteignaient au moins le double de ce seuil.

Ce succès découle d’un changement dans leurs méthodes de travail. Au lieu d’appliquer des traitements chimiques à la première apparition d’un problème, ils ont opté pour la prévention. Cela inclut la rotation des cultures d’une année sur l’autre pour éviter l’installation des parasites, la plantation de fleurs en bordure des champs pour attirer les insectes prédateurs, ou encore le choix de variétés de plantes naturellement plus résistantes aux maladies. Ces méthodes, bien que nécessitant plus de réflexion, se sont révélées rentables.

Le Danemark a choisi une stratégie différente en matière de pesticides : au lieu d’interdire certains produits, le pays a décidé de les taxer en fonction de leur niveau de dangerosité. Depuis 2013, plus un pesticide est toxique pour la santé ou l’environnement, plus son coût pour les agriculteurs augmente. L’idée est simple : si les produits les plus dangereux deviennent trop coûteux, les agriculteurs chercheront naturellement des alternatives moins nocives.

Ce système a porté ses fruits. En dix ans, l’usage des produits phytosanitaires au Danemark a diminué de 40 %, selon des données présentées lors d’un colloque sur les alternatives aux pesticides qui s’est tenu à Namur. Ce qui rend ce modèle particulièrement pertinent, c’est que l’argent collecté grâce aux taxes n’a pas été détourné vers d’autres budgets de l’État, mais a été réinvesti pour aider les agriculteurs à modifier leurs pratiques, notamment par le biais de formations, du développement de nouvelles techniques et du soutien à la transition. Ce cercle vertueux permet de taxer ce qui est nuisible tout en finançant des améliorations.

Contrairement à certaines craintes, les agriculteurs danois ne sont pas les perdants de cette initiative. Philippe Barret, ingénieur agronome, a souligné lors du colloque que "les agriculteurs danois gagnent en moyenne plus que ceux de Wallonie, et les citoyens danois sont en meilleure santé que les citoyens wallons", ajoutant que "en dix ans, ils ont réalisé ce que beaucoup considèrent comme impossible."

Un autre aspect souvent négligé dans le débat sur les pesticides est le gaspillage alimentaire. Environ 30 % de la nourriture produite dans le monde est perdue à divers stades, que ce soit à la ferme, dans les supermarchés ou dans nos cuisines. Cela représente une utilisation inutile de terres cultivées, d’eau et de pesticides.

Jérôme Bindelle, professeur d’agronomie à l’Université de Liège, a expliqué que le problème de la faim ne réside pas dans une production insuffisante, mais dans un gaspillage excessif et l’allocation de terres à l’élevage plutôt qu’à l’alimentation humaine directe. En s’attaquant sérieusement à ces deux problématiques, il serait possible de nourrir l’ensemble de la population.

En Corée du Sud, des initiatives ont été mises en place pour lutter contre le gaspillage. À Séoul, chaque habitant reçoit une carte personnelle pour déposer ses déchets alimentaires dans des poubelles connectées, qui pèsent automatiquement le contenu. Les foyers voient leur facture augmenter proportionnellement à la quantité de déchets produits. Ainsi, moins on gaspille, plus on économise.

Les résultats sont probants : les habitants ont rapidement modifié leurs comportements, permettant à la ville d’économiser plusieurs millions d’euros en coûts de collecte et de traitement des déchets alimentaires sur une période de dix ans. Cela démontre qu’en offrant des incitations concrètes, on peut encourager les changements de comportement.

Ces trois exemples, en France, au Danemark et en Corée du Sud, illustrent des approches variées mais convergentes. Réduire la dépendance aux pesticides ou repenser le système alimentaire qui les rend nécessaires n’est pas simplement une question de faisabilité, mais bien de choix.