Today's Post
Thursday, 15 October 2026

Voyage au Kazakhstan, guerre de com' et "chantage politique" : autopsie d'une crise bruxelloise qui s'enlise

Les apparences peuvent être trompeuses dans le domaine politique. Jeudi dernier, la réunion habituelle du gouvernement bruxellois a été marquée par des échanges houleux entre le ministre-Président Boris Dilliès (MR) et le ministre de l'Action sociale Ahmed Laaouej (PS). Après la réunion, des membres des cabinets socialistes n'ont pas hésité à affirmer que "le gouvernement bruxellois est en crise".

Cependant, quelques jours plus tard, le discours a changé. Ahmed Laaouej, deuxième dans l'exécutif, a déclaré sur BX1 que ce n'était pas une crise, mais plutôt une "manœuvre de diversion" de la part du MR pour dissimuler ses propres problèmes au niveau fédéral. Il a également appelé Boris Dilliès à "respecter les accords". Malgré la volonté du PS de ne pas qualifier la situation de crise, les tensions demeurent palpables. Les raisons qui ont poussé Laaouej à quitter la réunion prématurément n'ont pas disparu. Une source bruxelloise a même ironisé sur le ton élevé de Laaouej, affirmant qu'il avait "frisé l'apoplexie".

Les deux partis restent fermement ancrés dans leurs positions. Le PS réclame le versement d'un crédit de 131 millions d'euros à la Société du Logement (SLRB), conformément à l'accord budgétaire, menaçant de bloquer l'exécutif tant que cette demande ne sera pas satisfaite. En revanche, le MR refuse de céder à ce qu'il considère comme un chèque en blanc. Une source libérale a souligné que le ministre-Président a hérité d'une Région presque en faillite et d'une SLRB dans un état encore plus préoccupant, ajoutant que les partis responsables de cette situation ne peuvent pas demander davantage de financement sans proposer des réformes.

Alors que la secrétaire d'État Karine Lalieux (PS) a promis de présenter une proposition de réforme d'ici le 1er novembre, le blocage persiste. Un tweet du président du MR, Georges-Louis Bouchez, pourrait exacerber la crise. Bouchez a averti que ses députés ne voteraient pas le budget 2027 tant que Lotfi Mostefa, socialiste, resterait à la tête du Foyer anderlechtois. Sur le fond, Boris Dilliès reconnaît qu'un départ de Mostefa est nécessaire, mais il estime que cette question ne devrait pas provoquer une guerre interne au sein de son exécutif. Certains au MR espèrent même qu'une issue judiciaire pourrait régler la situation, en cas d'inculpation de Mostefa par le procureur du Roi Julien Moinil.

Le climat de crise est exacerbé par l'absence de Boris Dilliès, actuellement en voyage officiel au Kazakhstan avec le roi Philippe et la reine Mathilde, ce qui retarde son retour à Bruxelles jusqu'à jeudi matin. Cette absence suscite des commentaires, le média néerlandophone Bruzz affirmant dans un éditorial que "Bruxelles brûle : le capitaine devrait être à la barre". Au MR, on se défend en expliquant que la représentation de Bruxelles à l'étranger ne peut pas être compromise par des retards dans la remise de dossiers par Karine Lalieux. L'entourage de Dilliès affirme que le rayonnement de Bruxelles est une de ses priorités.

Dans ce contexte, le MR ne peut guère compter sur le soutien d'Anders (ex-Open VLD). Bien que son président, Frédéric De Gucht, ait critiqué la gestion budgétaire du PS, plusieurs observateurs notent un retour à une coopération entre le PS et Anders sur plusieurs dossiers. Cela rappelle la déclaration de Didier Reynders : "Il y a trois partis socialistes à Bruxelles : le PS, Vooruit et l'Open VLD." Alors que le PS et Anders sont tous deux dans l'opposition au niveau fédéral, ils cherchent à faire de la Région bruxelloise un exemple face à la coalition Arizona de Bart De Wever (N-VA). Cette convergence a été illustrée par le ministre libéral néerlandophone Dirk De Smedt, qui, avec le soutien d'Ahmed Laaouej, a bloqué un plan budgétaire interfédéral en réponse aux arbitrages fédéraux concernant Beliris et la fermeture de 1 000 places d'accueil pour migrants. Benjamin Dalle, chef de file du CD&V, a dénoncé cette situation, affirmant qu'il est légitime de défendre les intérêts bruxellois, mais que l'accord budgétaire ne doit pas être utilisé comme un outil de chantage politique.

Pour l'instant, le blocage du PS sur la notification budgétaire complique le travail de la majorité sans la paralyser complètement. Toutefois, la véritable crise surviendra si le budget 2027 est rejeté par le Parlement bruxellois. En attendant, l'exécutif continue de naviguer à travers cette situation délicate, espérant une désescalade que personne ne semble chercher à initier.