Albert Moukheiber : "Travailler sur soi ne sert à rien", le neuropsychologue explique ce qui fonctionne vraiment pour changer - Psychologies.com
Dans une interview approfondie accordée au média Les Lueurs, Albert Moukheiber, neuropsychologue et docteur en neurosciences, exprime des opinions tranchées sur la quête du bonheur. Selon lui, travailler sur soi-même ne serait pas une solution efficace. D'un point de vue scientifique, il souligne que nous réinterprétons en permanence le sens de notre existence en fonction de notre état actuel, et que la vie ne recèle pas de signification secrète à découvrir, telle une chasse au trésor. "Les gens investissent des sommes considérables pour trouver un sens à leur vie et devenir la meilleure version d'eux-mêmes, mais il est temps de réaliser que cela ne fonctionne pas. Peut-être que ce que nous recherchons n'existe pas...", déclare-t-il. Moukheiber affirme que, après des décennies de développement personnel, le constat est clair : « Le développement personnel n'a pas réussi à rendre les gens plus heureux. »
Il critique la vision de notre société, qui impose l'idée que nous devons être épanouis, performants et positifs en tout temps. Cette pression constante pour atteindre le bonheur et optimiser son existence peut engendrer une souffrance supplémentaire. De plus, il met en lumière le fait que comprendre ses propres mécanismes psychologiques ne suffit pas à changer. De nombreux ouvrages de développement personnel laissent entendre qu'une simple prise de conscience peut entraîner une transformation. En réalité, connaître ces mécanismes ne garantit pas une modification des comportements ni l'accès au bonheur.
Moukheiber met en garde contre la recherche d'une optimisation perpétuelle, qui peut engendrer une anxiété constante, car il y a toujours un niveau supérieur à atteindre. Il souligne que la vie ne doit pas être uniquement perçue comme une responsabilité individuelle. Une partie du discours autour du développement personnel tend à faire croire que tous les problèmes peuvent être résolus par la seule volonté ou un état d'esprit positif. Selon lui, cette course effrénée vers le bonheur peut parfois mener à des conséquences néfastes : "On s'essouffle à chercher notre bonheur alors que, paradoxalement, c'est cette quête qui nous rend insatisfaits." Il rappelle également que notre bien-être est influencé par des facteurs sociaux, économiques et relationnels qui échappent à notre contrôle. Moukheiber relie d'ailleurs l'augmentation des diagnostics de burn-out à cette pression excessive que nous nous imposons dans tous les aspects de notre vie.
Malgré ses critiques, Moukheiber ne se montre pas fataliste et n'encourage pas à abandonner toute forme de réflexion ou d'introspection. Au contraire, il suggère de ne pas investir toute notre énergie dans cette quête, au risque d'oublier l'importance de l'expérience, du réel et des relations humaines. Il privilégie l'idée de progrès plutôt que celle de perfection. Pour alléger la pression que nous nous imposons, il préconise de transformer l'attitude du "Il faudrait que" en "Je vais". Il explique : "Certains problèmes peuvent être résolus par la réflexion. D'autres nécessitent simplement de l'action ou de l'acceptation." Selon lui, l'objectif n'est pas de devenir une version idéale de soi-même, mais de continuer à évoluer, apprendre et s'améliorer, sans se figurer qu'il existe un état final de perfection à atteindre.
En conclusion, Albert Moukheiber défend une approche plus réaliste de la vie : rien ne remplace l'expérience vécue. Il encourage à accepter les déceptions et la tristesse qui peuvent survenir face aux aléas de l'existence, tout en cherchant à progresser sur ce qui peut l'être. Il insiste sur le fait qu'il ne faut pas réduire tous les problèmes à des échecs individuels et qu'il est essentiel de profiter du moment présent en se concentrant sur l'action.