Les champignons noirs de Tchernobyl ont été étudiés par des scientifiques, ce qu’ils cachent pourrait devenir précieux pour les futures missions spatiales
Des scientifiques ont récemment dirigé leurs recherches vers les champignons noirs découverts dans la zone de Tchernobyl, une étude qui pourrait avoir des implications significatives pour les futures missions spatiales. En 1997 et 1998, des chercheurs ukrainiens ont entrepris d'explorer l'intérieur du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, où ils ont identifié 37 espèces de champignons dans des zones encore fortement contaminées. Parmi ces espèces, plusieurs présentaient une coloration noire due à une forte concentration de mélanine, un pigment également présent dans la peau humaine.
Parmi les espèces les plus courantes dans les zones à forte radioactivité, le Cladosporium sphaerospermum a particulièrement retenu l'attention des scientifiques. Ce champignon ne se contente pas de survivre dans un environnement aux niveaux de radiation élevés, il prospère également à proximité des sources de radiation. En 2007, une étude a révélé que les radiations modifiaient les propriétés de la mélanine, stimulant la croissance de divers champignons noirs. En effet, le Cladosporium sphaerospermum se développait mieux en présence de radiations, même lorsque la disponibilité de nutriments était limitée.
La mélanine joue un rôle crucial dans ces recherches, car elle pourrait offrir une protection contre certains des effets nocifs des radiations. Les scientifiques suggèrent que cette substance pourrait permettre à certains champignons d'extraire de l'énergie des radiations, un processus qui rappelle la photosynthèse effectuée par les plantes, bien que dans ce cas, la source d'énergie ne soit pas la lumière visible. Les chercheurs évoquent le terme de "radiosynthèse", bien que le mécanisme exact de ce phénomène reste à prouver.
Mais pourquoi associer ces recherches à l'exploration spatiale ? Tout a commencé par une expérience réalisée à bord de la Station spatiale internationale (ISS), où des chercheurs ont cultivé le Cladosporium sphaerospermum en exposant le champignon aux radiations de l'orbite terrestre, tout en utilisant des capteurs placés sous la culture. Les résultats ont montré une croissance d'environ 21 % plus rapide par rapport à des tests effectués sur Terre. De plus, les capteurs ont relevé une exposition moindre aux radiations sous le champignon comparé à la zone témoin. Il convient de noter que l'échantillon utilisé sur l'ISS provenait d'un laboratoire et non directement du réacteur de Tchernobyl.
Ces observations ont conduit les chercheurs à envisager des applications potentielles pour protéger les astronautes lors de missions vers Mars. Les méthodes de protection traditionnelles, qui ajoutent beaucoup de poids, augmentent considérablement les coûts et compliquent le lancement des missions. En revanche, les champignons pourraient être cultivés en petites quantités sur Terre et ensuite développés dans l'espace. Les chercheurs explorent également la possibilité de combiner cette biomasse avec la poussière martienne pour créer des structures capables de réduire l'exposition des astronautes aux radiations.
La mélanine pourrait également être intégrée dans des matériaux utilisés pour les combinaisons spatiales ou pour la construction d'habitacles. D'autres études envisagent l'utilisation de ces champignons pour recycler des déchets biologiques et produire des molécules utiles lors de longues missions. Il est important de rappeler que les radiations représentent un défi majeur pour les voyages interplanétaires, car sur Terre, nous bénéficions d'une protection offerte par l'atmosphère et le champ magnétique. En se rendant sur Mars, les astronautes seraient exposés aux particules solaires et aux rayons cosmiques, augmentant ainsi les risques de cancers et d'autres dommages biologiques lors d'expositions prolongées.
Bien que l'idée d'utiliser le champignon noir de Tchernobyl pour renforcer la sécurité des missions spatiales puisse sembler lointaine, les chercheurs continuent d'explorer la possibilité de cultiver cette espèce en s'appuyant sur sa capacité de régénération, même loin de notre planète. Ainsi, une forme de vie découverte dans les décombres d'une catastrophe nucléaire pourrait potentiellement jouer un rôle clé dans l'envoi d'êtres humains vers des destinations beaucoup plus éloignées dans notre système solaire.