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Monday, 19 October 2026

« Ce n’est pas une réunion secrète » : un déjeuner de prière parlementaire relance le débat sur le poids de la religion dans la politique belge

Début mars, la Maison-Blanche a diffusé des images de Donald Trump entouré de pasteurs et de leaders religieux lors d'une prière collective dans le Bureau ovale. Cette scène illustre le lien étroit entre foi et politique aux États-Unis. En Belgique, la question de l'influence de la religion dans le domaine politique est à nouveau soulevée à l'approche d'un déjeuner de prière parlementaire qui se tiendra prochainement à Bruxelles.

Pour mieux comprendre cet événement, nous avons rencontré Olivier de Clippele, l'un des organisateurs et ancien député bruxellois du Mouvement Réformateur (MR). Il nous a présenté l'invitation adressée à tous les parlementaires, qui prévoit des lectures de textes bibliques, des prières et des discussions. « Nous ne débattrons pas de projets de loi. Notre but n'est pas d'agir comme un lobby influent, mais de montrer aux parlementaires croyants ou spirituels qu'ils ne sont pas isolés », a-t-il précisé.

C'est la deuxième fois que cette initiative est mise en place par une association regroupant une dizaine de chrétiens engagés. Notons que les médias ne sont pas conviés à cet événement. « Les participants doivent pouvoir compter sur une certaine confidentialité. Ce n'est pas une réunion secrète, mais elle reste privée afin d'éviter que ceux qui y assistent soient critiqués ou menacés publiquement », a justifié Olivier de Clippele.

Cette initiative suscite des interrogations, mais elle est légale, selon Caroline Sägesser, chercheuse au Centre de Recherche et d'Information Socio-Politique. Contrairement à la France, la Belgique est un État neutre plutôt qu'un État laïque. « Cela signifie qu'il n'y a pas de séparation totale. Les cultes peuvent être reconnus et subventionnés, tant que toutes les convictions sont traitées de manière égale », a-t-elle expliqué.

Sans une séparation stricte, l'Église catholique a su maintenir son influence. Par exemple, des prêtres ont siégé au Parlement jusqu'au début des années 2000, et des personnalités politiques continuent d'assister aux Te Deum lors des célébrations nationales. « L'Église catholique a été un acteur sociétal majeur, notamment à travers le réseau chrétien qui englobe des organisations, des écoles et des syndicats, soutenus par des partis confessionnels », a souligné Caroline Sägesser. Cependant, aujourd'hui, la vie politique est largement déconfessionnalisée et la société a évolué vers une forte sécularisation, avec un nombre décroissant de pratiquants.

Le Centre d'Action Laïque exprime des inquiétudes face à ce déjeuner de prière. Son président, Thomas Gillet, redoute un retour de l'influence religieuse dans la politique, en citant le sujet de l'interruption volontaire de grossesse. « Un des sujets en discussion est l'allongement du délai légal à 18 semaines pour pratiquer un avortement. Bien qu'il existe un consensus scientifique sur ce point, cela reste bloqué pour des raisons politiques et religieuses, notamment par le parti chrétien flamand, le CD&V », a-t-il dénoncé.

Thomas Gillet a ajouté : « L'influence de la religion sur les décisions politiques, malgré un consensus scientifique, est préoccupante. Cela pose des questions sur les libertés et l'autonomie des citoyens, notamment en matière d'euthanasie et de droits sexuels et reproductifs, qui pourraient être remis en question au nom de convictions religieuses. »

Du côté francophone, le mouvement Les Engagés, anciennement PSC, partage l'héritage chrétien du CD&V. Sa cheffe de groupe à la Chambre, Aurore Tourneur, minimise l'impact de l'ingérence religieuse. « Je ne ressens pas cela dans mon travail quotidien en tant que députée fédérale. La sécularisation est évidente depuis des années, et je ne vois pas de danger à cet égard », a-t-elle affirmé.

Concernant l'islam, Fouad Ahidar, un homme politique bruxellois qui se décrit comme musulman pratiquant, refuse de dissocier sa foi de son action politique. Lors d'une interview le 3 octobre 2024, il a déclaré : « C'est le religieux qui prend des décisions... c'est le politique qui prend des décisions. » Interrogé sur son propos, il a précisé que la politique détermine les choix alimentaires, comme ce qui est halal.

Au sein du Parti socialiste, certains députés sont également critiqués pour leurs convictions religieuses influençant des dossiers tels que les signes convictionnels dans la fonction publique et l'abattage rituel. Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe du PS à la Chambre, a commenté : « Il est essentiel de trouver des compromis qui respectent à la fois les convictions religieuses et les pratiques culturelles en matière de consommation alimentaire. »