Grippe : et si protéger son cœur commençait par la prévention ?
La grippe peut avoir des répercussions bien plus graves que de simples symptômes respiratoires, notamment chez les personnes âgées. Selon le Dr François Roubille, cardiologue à Montpellier, les individus de 65 ans et plus sont particulièrement vulnérables aux complications liées à cette maladie. Il souligne que « à partir de 65 ans, les défenses immunitaires diminuent et les problèmes cardiovasculaires deviennent plus fréquents ». Ce groupe d’âge correspond également à l’âge médian des patients souffrant de maladies coronariennes, ce qui signifie que les personnes ayant déjà des antécédents cardiaques sont encore plus à risque. En effet, la grippe peut aggraver un risque cardiovasculaire préexistant.
Les personnes âgées représentent ainsi la population la plus touchée par les formes graves de grippe. Les statistiques sont alarmantes : le risque d'accident vasculaire cérébral (AVC) augmente de huit fois dans les trois jours suivant une infection grippale, tandis que le risque de crise cardiaque est multiplié par dix dans la même période. Dr Roubille explique que « ce sur-risque s’explique notamment par l’inflammation intense causée par l’infection, qui affecte même les artères du cœur. Cela peut entraîner la déstabilisation des plaques d’athérome et favoriser la formation de caillots responsables d’infarctus ».
La vaccination contre la grippe est un moyen reconnu pour prévenir les formes graves de la maladie, mais elle joue également un rôle crucial dans la réduction des complications cardiovasculaires. C'est pourquoi les autorités sanitaires recommandent aujourd'hui la vaccination pour les personnes de 65 ans et plus, ainsi que pour les patients souffrant de maladies cardiaques. Dr Roubille précise : « Être vacciné ne garantit pas une immunité totale contre l'infection, mais cela diminue le risque de développer une forme grave et par conséquent, les complications cardiovasculaires. » Des recherches ont montré que chez les personnes ayant récemment subi un infarctus, la vaccination peut réduire le risque d'événements cardiaques graves.
Dans un contexte de vieillissement de la population, il est essentiel de mieux protéger les seniors contre la grippe, ce qui constitue un défi majeur pour la santé publique. La vaccination annuelle, associée à des gestes barrières, reste le moyen le plus efficace pour limiter les formes sévères de la maladie et leurs complications, notamment sur le plan cardiaque. Cependant, le taux de couverture vaccinale reste insuffisant. Dr Roubille estime qu'il varie entre 50 et 60 % chez les personnes de 65 ans et plus, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d'atteindre 75 %. Plusieurs idées reçues contribuent à ce faible taux. Par exemple, beaucoup pensent qu'il n'est pas possible de recevoir plusieurs vaccins en même temps, ce qui est incorrect. De même, certains croient qu'il ne faut pas se faire vacciner lorsqu'on a un rhume, ce qui est également faux.
Face à ceux qui minimisent la gravité de la grippe, le Dr Roubille insiste sur l'importance de la considérer comme une maladie sérieuse. « La grippe demeure l'une des principales causes de mortalité dans le monde parmi les infections respiratoires. Plus une personne est fragile, plus elle risque de développer une forme grave, pouvant aller jusqu'au décès. » Chaque hiver, les conséquences de la grippe dépassent les simples cas d'infection. « La grippe menace non seulement ceux qui en souffrent, mais elle a également des répercussions sur l'ensemble du système de santé lorsque les services sont saturés, ce qui nuit à la prise en charge d'autres patients », conclut-il.