« Je ne pouvais plus marcher, j’étais en obésité lourde » : Frédéric a perdu 47 kg grâce à ce traitement, mais il craint d’en perdre le remboursement
« Je pouvais à peine marcher. Aujourd'hui, je m'engage dans des activités tout à fait normales. » À 56 ans, Frédéric, un résident de Bruxelles travaillant dans l'hôtellerie, est diabétique depuis l'âge de 26 ans. Pendant plusieurs années, il a souffert d'une obésité sévère, entraînant des problèmes de mobilité et nécessitant divers traitements médicaux.
Frédéric a commencé un traitement avec le Mounjaro, sur les conseils d'un spécialiste en diabétologie à l'hôpital Erasme. « Jusqu'à récemment, j'étais en obésité morbide », confie-t-il. En 2024, il découvre que ce médicament n'est pas disponible en Belgique. Il se tourne alors vers l'Angleterre où il peut l'obtenir pour un coût mensuel compris entre 175 et 185 euros. Il fait le trajet tous les trois mois pour renouveler son traitement, une démarche contraignante mais qu'il juge bénéfique. « Je perdais beaucoup de poids et, par conséquent, je consommais moins de nourriture. Au final, le coût du médicament était compensé par les économies réalisées sur mes repas. »
Les résultats sont au rendez-vous et il ne constate pas d'effets secondaires notables. « L'unique effet était que je mangeais beaucoup moins. » En 2024, il perd rapidement 25 kg, et aujourd'hui, il affiche une perte totale de 47 kg. Son poids s'est stabilisé depuis huit mois, atteignant l'objectif qu'il s'était fixé. « Grâce à cette perte de poids, j'ai pu retrouver une marche normale. J'étais auparavant une personne à mobilité réduite, et aujourd'hui, je vis une vie active. »
Frédéric souligne également une amélioration de sa santé globale. « Ma tension artérielle et mon cholestérol sont désormais sous contrôle, et j'ai pu arrêter les médicaments que je prenais pour ces problèmes. Je me rends à l'hôpital dix fois moins qu'auparavant, ce qui représente des économies considérables pour la sécurité sociale. »
Le diabète de Frédéric s'est également stabilisé. « Mes analyses montrent presque plus de traces de diabète », précise-t-il. En plus du Mounjaro, il a intégré de l'exercice physique dans sa routine. « J'ai recommencé à faire du sport car la perte de poids doit être accompagnée d'une activité physique. C'est un ensemble. »
Lorsque le Mounjaro devient disponible en Belgique avec certaines conditions de remboursement, Frédéric peut en bénéficier gratuitement grâce à son diabète et son obésité sévère. Il obtient une première autorisation d'un an, valable d'août 2025 à août 2026, suivie d'une seconde pour une année supplémentaire. Cependant, il s'interroge sur l'avenir de son remboursement.
Il exprime son incompréhension face à la décision de ne pas étendre le remboursement du Mounjaro pour le traitement de l'obésité, bien que le médicament reste remboursé pour les personnes atteintes de diabète de type 2. « C'est décevant. On se focalise sur les économies immédiates liées à une injection, qui coûte environ 200 euros dans mon cas, sans considérer les économies sur les visites médicales, les médicaments et les complications de santé. »
Frédéric évoque les risques cardiovasculaires et les AVC auxquels son surpoids l'exposait. « Les coûts pour la sécurité sociale auraient été énormes. Je n'ose même pas imaginer les chiffres. » Il déplore que ceux qui ont réellement besoin de ce traitement puissent se retrouver sans solution. « Pour ceux qui en ont besoin, les bénéfices peuvent être immenses. Dire non sans prévoir d'exceptions met en danger la vie de certains de nos concitoyens. »
Le traitement de Frédéric devra probablement se poursuivre à long terme. « En théorie, je devrai continuer à le prendre à vie. J'espère pouvoir continuer à en bénéficier. Dans mon cas, les bénéfices sont énormes, et je ne suis certainement pas un cas isolé. »
À l'hôpital Erasme, l'endocrinologue Laurent Crenier partage certaines préoccupations de Frédéric. Il exprime sa déception face à la décision des autorités : « Nous avions l'impression qu'il y avait une volonté d'agir sur le diabète et l'obésité, notamment à travers la mise en place de parcours de soins. »
Pour lui, le problème ne se limite pas au Mounjaro, mais concerne toute une nouvelle génération de traitements, y compris l'Ozempic, le Wegovy et le Rybelsus. Bien que ces médicaments soient coûteux, leur évaluation ne devrait pas se limiter à leur prix d'achat. « On se concentre souvent sur le coût au moment de la prescription, mais on oublie les bénéfices à long terme pour les patients et la société. »
Les bénéfices potentiels incluent une réduction du poids, une amélioration du diabète, une diminution des doses d'insuline, et même l'arrêt de certains traitements. Une perte de poids significative peut également permettre à certains patients de ne plus avoir besoin d'appareils contre les apnées du sommeil. Sans compter les complications évitées, telles que les hospitalisations et les infarctus, qui coûtent beaucoup plus cher que le médicament lui-même. « Ce qui coûte cher, ce sont les complications liées à l'obésité. Les maladies, les hospitalisations, les infarctus. Tout cela représente des dépenses bien supérieures au prix du médicament. »