Les gouvernements comptent leurs économies, Bruxelles ses sans-abri
La situation des sans-abri à Bruxelles est alarmante. En novembre 2024, on dénombrait 9.777 personnes sans domicile, ce qui représente une augmentation de 25 % par rapport à 2022, incluant 1.678 enfants. Ces chiffres ne doivent pas être perçus seulement comme des statistiques, mais doivent servir de base à des politiques publiques adaptées aux réalités du terrain.
Alors même que les associations luttant contre le sans-abrisme sont confrontées à une hausse des demandes et à des situations de plus en plus complexes, plusieurs d'entre elles ont appris cet été que leurs subventions pour 2026 allaient être réduites, voire annulées. Ces financements n'avaient pourtant pas été indexés pendant une période prolongée de gestion courante dans la région. Malgré ces défis, les organisations ont continué à mener leurs missions, parfois en avançant des fonds de leur propre poche.
Les conséquences de cette situation sont préoccupantes : la fermeture d'un centre d'accueil pour 34 hommes, la réduction du nombre d'accompagnements, des projets de réhabilitation de logements vacants menacés, et une perte d'emploi pour une dizaine de travailleurs. Dans certains cas, la survie même de certaines associations est en jeu.
Pour lutter efficacement contre le sans-abrisme, il est crucial d'intervenir sur divers fronts afin d'éviter que les situations ne se détériorent, ce qui conduit les gens à la rue. L'accès à un logement abordable, la protection des droits, le rôle fondamental des CPAS, ainsi que la prévention, l'accompagnement social et les soins de santé, constituent autant de remparts contre cette crise.
Des réductions de budget ont également été imposées dans le cadre du Plan global de sécurité et de prévention (PGSP), avec 14 projets arrêtés sur 39. Ces dispositifs sont pourtant vitaux car ils ciblent les personnes les plus éloignées de l'aide, aidant à maintenir des liens sociaux et à éviter une aggravation des situations.
La situation concernant le logement est tout aussi préoccupante. Alors que les loyers atteignent des niveaux insoutenables, le gouvernement a réduit les financements pour la création de logements abordables et envisage même de vendre des logements sociaux.
Parallèlement, le gouvernement fédéral semble abandonner Bruxelles. En septembre 2025, il a annoncé la fin du soutien fédéral au Plan Grand Froid, qui finance des lits d'hébergement de novembre à mars dans cinq villes belges, et menace maintenant de remettre en question le Brussels Deal. Cet accord, établi en 2022 pour faire face à la crise de l'accueil et au manque de places dans le réseau Fedasil, permettait d'accueillir et d'accompagner 2.000 personnes à Bruxelles. Cet été, la ministre de l'Asile et de la Migration a déclaré qu'elle supprimait 1.000 places en septembre, annonçant également que 1.000 places supplémentaires pourraient disparaître d'ici janvier, ce qui signifierait la disparition complète de ce dispositif.
Ces décisions entraînent des conséquences directes pour les personnes concernées qui se retrouvent sans solutions, ainsi que pour les professionnels qui perdent leur emploi. En évitant d'agir dans son domaine de compétence, le gouvernement fédéral risque de plonger Bruxelles dans une crise humanitaire similaire à celle vécue en 2015 au parc Maximilien.
Lors de la présentation du budget 2027 le 5 octobre, le ministre-président Boris Dilliès a mis en avant trois priorités en lien avec le sans-abrisme : l'absence d'enfants dans la rue, le soutien au travail social et à la santé, ainsi que le renforcement de la sécurité, notamment autour des gares. Cependant, il reste à voir quel sera le projet global et les ressources qui lui seront allouées pour sa mise en œuvre.
Le 15 octobre marquera un tournant : d'un côté, le nombre croissant de personnes sans abri dans les rues de la capitale, et de l'autre, les budgets fédéral et régional, avec des économies annoncées et les moyens que les gouvernements choisiront de consacrer à cette problématique. Combien d'enfants devront encore dormir dehors avant que l'urgence ne soit pleinement reconnue ? Combien de familles devront être refusées avant que l'on admette que l'offre d'accueil ne répond plus aux besoins ? Est-il raisonnable de créer de nouveaux dispositifs tout en affaiblissant ou en supprimant ceux qui ont déjà prouvé leur efficacité ? Et surtout, peut-on réellement prétendre lutter contre le sans-abrisme en se concentrant principalement sur la sécurité autour des gares, alors que les causes profondes relèvent du logement, de la précarité et de la santé ? Le sans-abrisme ne devrait pas être considéré comme un simple ajustement budgétaire, mais bien comme un choix politique.