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Thursday, 08 October 2026
Technology

Quand l'IA répond à l'IA

L'intelligence artificielle (IA) était censée nous libérer des tâches superflues. Cependant, si elle est mal utilisée, elle pourrait engendrer de nouvelles complications. Il est indéniable que ces outils sont efficaces pour des tâches telles que la traduction, le résumé, la correction ou l'amélioration de textes. Dans de nombreux autres secteurs, ils permettent également de gagner un temps précieux. Toutefois, lorsque l'IA interagit avec une autre IA, nous pénétrons dans un univers absurde, presque surréaliste.

Les avocats et les juges sont aujourd'hui confrontés à cette réalité. Des plaidoiries sont, au moins en partie, générées par des intelligences artificielles. En conséquence, le volume d'arguments, de références et de questionnements augmente considérablement. Il incombe alors au juge ou à la partie adverse d'examiner et de répondre à ces éléments, un par un. L'outil, conçu pour rendre le travail judiciaire plus rapide, finit par le complexifier.

Dans certains cabinets d'avocats, des clients arrivent désormais avec des dossiers entièrement élaborés par l'IA, persuadés d'avoir déjà accompli l'essentiel. Ils semblent oublier que l'expérience, la stratégie, la créativité juridique et, surtout, le jugement d'un professionnel ne peuvent se réduire à un document bien structuré.

Les parlements ne sont pas épargnés par ce phénomène. Certains députés craignent de se voir mal classés dans les classements qui évaluent leur activité en fonction du nombre de questions posées au gouvernement. Pour y remédier, ils se tournent vers l'IA, qui peut générer un plus grand nombre de questions, et plus fréquemment. En parallèle, les ministères doivent répondre à toujours plus de sollicitations, ce qui les pousse également à utiliser des outils d'IA. C'est un cercle vicieux. Pendant ce temps, l'être humain observe.

Cette dérive ne doit pas être prise à la légère. Une démocratie ne se mesure pas au nombre de questions posées au sein du Parlement. De même, une justice de qualité ne se quantifie pas par le nombre d'arguments produits. Ce qui importe réellement, c'est la pertinence des échanges, la compréhension des enjeux et la capacité à prendre des décisions éclairées.

Il est donc encourageant de constater que l'IA peut améliorer notre productivité, nous faire économiser du temps, alléger les tâches pénibles et nous libérer de travaux inutiles. Cependant, il est crucial de ne pas déléguer à la technologie l'essence même de certaines responsabilités humaines.

Le doute qui plane désormais sur tout discours bien intentionné a déjà eu des conséquences regrettables : la bienveillance en a été une victime. Il serait triste que la prochaine soit le bon sens.