TDAH : pourquoi certains cerveaux peinent à s’arrêter de ma
Impulsivité, repas négligés, alimentation liée aux émotions… Les personnes atteintes de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sont souvent plus susceptibles d’adopter des comportements alimentaires problématiques. Selon la psychologue Hanane Desruets Badouh de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, cette vulnérabilité est principalement due à une recherche de récompenses immédiates et à des difficultés dans la régulation de l’attention et des émotions.
Des exemples typiques incluent le fait de commencer un paquet de biscuits en début de soirée et de le terminer sans vraiment s’en rendre compte, ou de ressentir une envie soudaine de manger non pas par réelle faim, mais à la suite d’une journée éprouvante ou d’une émotion difficile à gérer. Ces situations, bien connues dans le cadre des troubles alimentaires, sont également observées chez des personnes souffrant de TDAH.
Le TDAH est un trouble complexe qui affecte environ 5 % des enfants et 3 % des adultes à l’échelle mondiale. En France, les statistiques indiquent que ce trouble touche environ 3,5 % des enfants et 2,9 % des adultes, selon les données de la Haute Autorité de santé. Ce trouble bénéficie d’une visibilité croissante, en partie grâce à une meilleure compréhension et à un repérage plus efficace des individus qui, auparavant, échappaient au dépistage clinique.
Cette meilleure connaissance du TDAH met également en lumière des difficultés souvent sous-estimées, notamment celles liées à l’alimentation. Pour une personne atteinte de TDAH, faire des courses, choisir des produits sains et préparer des repas équilibrés peut s'avérer être un défi considérable. En conséquence, beaucoup optent pour des solutions rapides telles que le grignotage ou la restauration rapide.
Mais comment la nourriture peut-elle devenir une récompense immédiate ou une méthode de régulation émotionnelle, au point de favoriser des comportements similaires à ceux des troubles alimentaires chez certaines personnes ?
Le cerveau des individus atteints de TDAH fonctionne différemment en ce qui concerne le traitement des récompenses. Sans entrer dans les détails des processus neurobiologiques, on observe que le cerveau des personnes avec TDAH a tendance à privilégier les gratifications immédiates au détriment de celles qui pourraient être bénéfiques à long terme. En d'autres termes, ces individus ont une préférence marquée pour le « tout de suite » plutôt que pour le « plus tard ». Les chercheurs évoquent le terme d'« impulsivité d'attente » pour décrire cette difficulté à patienter lorsque la gratification est facilement accessible.
La nourriture s'inscrit parfaitement dans ce cadre. Elle est tangible, facilement accessible et procure un plaisir immédiat. En revanche, les avantages d'une alimentation équilibrée semblent trop éloignés dans le temps pour peser dans la balance au moment où un paquet de biscuits se trouve devant eux.
Des recherches montrent que, lorsqu'ils sont exposés à des images alimentaires, les individus présentant des symptômes élevés de TDAH et des comportements alimentaires désordonnés montrent une activation accrue dans les zones cérébrales liées à la motivation et à la récompense. Cependant, d'autres études n'ont pas trouvé de différences significatives.
Il en découle que la nourriture n'est pas nécessairement une « super-récompense » pour toutes les personnes atteintes de TDAH, mais elle peut l'être dans certaines circonstances.
Les difficultés d’attention jouent également un rôle perturbateur. Une personne très concentrée sur une tâche peut tout simplement oublier de manger ou ne pas percevoir les premiers signaux de faim. Lorsque la faim se manifeste finalement, souvent de manière intense, les ressources de contrôle peuvent être épuisées par la fatigue ou le stress liés à la tâche précédente.
Dans cet état, les stimuli extérieurs peuvent facilement prendre le pas. Par exemple, une odeur ou un aliment visible devient rapidement un objet de convoitise. Ce phénomène est désigné par les chercheurs sous le terme de « réactivité alimentaire », qui décrit la tendance à consommer de la nourriture lorsqu'elle est disponible ou particulièrement séduisante, même après un repas.
Une étude impliquant 548 enfants, dont 396 avec un TDAH, a révélé que cette réactivité était significativement plus élevée chez les enfants atteints de TDAH. De plus, le TDAH semblait être le facteur le plus probable expliquant le lien observé entre inattention et prise de poids. Cela ne signifie pas que le TDAH cause directement la prise de poids, mais suggère plutôt une chaîne de réactions : l’inattention perturbe les repas, la faim augmente, les capacités de contrôle diminuent et l’environnement alimentaire devient plus difficile à ignorer.
Des recherches récentes ont également démontré que les difficultés d'inhibition et de contrôle émotionnel étaient associées à des comportements alimentaires qualifiés d'« addictifs » chez plus de 1 000 enfants et adolescents ayant un TDAH, bien que le concept d’« addiction à l’alimentation » soit encore débattu dans le milieu scientifique.
Au-delà du plaisir immédiat, la nourriture peut également servir de moyen de régulation émotionnelle. Les personnes atteintes de TDAH ressentent souvent les frustrations quotidiennes de manière plus intense : le stress, l’ennui ou la surcharge mentale peuvent être plus difficiles à gérer. Dans ces moments-là, manger propose un réconfort rapide, détournant temporairement l’attention des émotions négatives et réduisant ainsi la tension intérieure.
Ce sentiment de soulagement, même s'il est bref, peut suffire à ancrer dans l’esprit l’association entre une émotion difficile et la nourriture. Ce mécanisme de régulation émotionnelle, connu sous le nom d'« alimentation émotionnelle », transforme la nourriture en source de réconfort face à l’adversité. Une revue systématique de 41 études a mis en évidence que les...