Tous les alcools présentent-ils les mêmes risques ? Une vaste étude révèle des différences surprenantes
L'effet de l'alcool sur le cerveau, même à des doses modérées, suscite des préoccupations au sein de la communauté scientifique. Une étude menée au Brésil met en lumière des résultats inquiétants : les buveurs réguliers présentent jusqu'à 133 % de lésions cérébrales en plus par rapport aux personnes abstinentes. Plus troublant, même la consommation d'un seul verre par jour pourrait entraîner des dommages significatifs. Ces résultats remettent en question notre compréhension de ce que signifie une « consommation modérée ».
Mais jusqu'où est-il risqué de consommer de l'alcool ? Bien que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme qu'aucun niveau de consommation d'alcool ne peut être considéré comme totalement sûr, plusieurs pays ont défini des seuils jugés « à moindre risque ». En France, par exemple, depuis 2017, il est recommandé aux adultes de ne pas dépasser 10 verres standards d'alcool par semaine, avec un maximum de 2 verres par jour.
Face à cette confusion, une équipe internationale de chercheurs a décidé d'explorer la question en utilisant les données de la cohorte UK Biobank. Leur objectif était de déterminer le lien entre les habitudes de consommation d'alcool et la mortalité, en tenant compte de différents types de boissons.
Cette étude a rassemblé des données sur 340 924 participants, hommes et femmes, ayant en moyenne 56 ans, suivis pendant environ 13,4 ans. Les participants ont rapporté la fréquence et les quantités d'alcool consommées, classées par type de boisson. Au cours de cette période, 22 381 décès ont été recensés, dont 11 063 dus au cancer, 4 288 à des maladies cardiovasculaires et 7 030 à d'autres causes. Les chercheurs ont analysé les relations entre la consommation totale d'alcool et la mortalité, qu'elle soit générale ou spécifique.
Les résultats, publiés dans le Nutrition Journal, montrent que le profil des buveurs d'alcool diffère de celui des non-buveurs. Les consommateurs réguliers sont généralement des hommes, plus actifs physiquement, avec un niveau d'éducation souvent plus bas et une alimentation moins équilibrée.
Il ressort clairement que l'excès d'alcool accroît le risque de décès prématuré, quelle qu'en soit la cause. Les hommes qui consomment quotidiennement plus de 2 pintes de bière ou plus de 4 verres de vin ou d'alcools forts tels que le gin, la vodka ou le whisky (avec des seuils réduits pour les femmes) voient leur risque de mortalité augmenter de 24 % pour toutes les causes, 14 % pour les maladies cardiovasculaires, 36 % pour le cancer et 12 % pour d'autres causes, incluant la cirrhose et les accidents.
En revanche, pour les consommateurs modérés (entre 20 et 40 g/j pour les hommes et 10 à 20 g/j pour les femmes), seule la mortalité liée au cancer est en hausse. Fait surprenant, les faibles consommateurs d'alcool (maximum 20 g/j pour les hommes et 10 g/j pour les femmes) ont une mortalité par d'autres causes qui est réduite.
Pour donner une idée, 20 g d'« alcool pur » équivalent à environ 1 pinte de bière (500 ml à 5 % d'alcool), 2 verres de 250 ml de cidre, 2 verres de 12 cl de vin ou 2 verres de 4 cl d'alcools forts.
Les résultats montrent aussi des différences marquées entre les types de boissons. Une consommation élevée de bière ou de cidre est associée à une augmentation de la mortalité, tandis qu'une faible consommation n'augmente le risque que pour le cancer. Concernant les alcools forts, peu importe le niveau de consommation, les taux de mortalité sont plus élevés. En revanche, une consommation modérée de vin est liée à un risque de décès plus faible, alors qu'une consommation excessive, qu'il s'agisse de vin rouge ou blanc, est corrélée à une mortalité accrue, notamment par cancer.
Il est également important de noter que la façon dont l'alcool est consommé influence ses effets. Le vin rouge, lorsqu'il est pris avec modération, est associé à une mortalité réduite, alors qu'une consommation élevée de vin blanc est liée à un risque accru de décès pour diverses causes.
En résumé, il existe une relation linéaire entre la consommation d'alcool et la mortalité, que ce soit pour toutes causes confondues, les maladies cardiovasculaires ou le cancer. Toutefois, pour le vin, la relation est plus complexe, avec des effets bénéfiques à faible consommation, mais des risques accrus à des niveaux plus élevés. Enfin, il a été observé que consommer de l'alcool pendant les repas est associé à une mortalité plus faible, contrairement à une consommation en dehors des repas, qui présente des associations négatives.