30 ans de la Marche Blanche : Ils découvrent, longtemps plus tard, dans un album de famille, une photo où apparaît Dutroux - RTBF Actus
Il y a trois décennies, Fabienne et Yves ont pris le train pour Bruxelles avec leurs trois enfants. À l'époque, leurs deux filles étaient à peu près du même âge que Julie et Mélissa, les victimes tragiques de l'affaire Dutroux. Fabienne se souvient de la peur qui l'habitait pour ses enfants : "Bien sûr que j'avais peur. Les enfants ressentaient également cette angoisse. Nos filles, qui avaient un âge similaire à celui de Julie et Mélissa, étaient très touchées par la situation. Elles n'étaient plus à l'aise, même pour aller chercher du pain à deux maisons de chez nous ou pour se rendre à la boucherie située à une centaine de mètres. Elles y allaient en courant, tant elles craignaient de croiser Marc Dutroux." En conséquence, Yves et Fabienne se sont vus contraints de surveiller de plus près les sorties de leurs enfants dans leur village. "Avant, nos enfants pouvaient se promener librement, mais cette confiance s'est évaporée à cause de ces événements. Cela a rendu les choses compliquées", explique Yves. Fabienne ajoute : "Il a fallu près de dix ans avant que nous retrouvions un certain apaisement concernant les sorties de nos filles."
Comme de nombreux Belges, Fabienne et Yves ont décidé de participer à la Marche Blanche en famille. "Ce qui m'a le plus marquée, c'est le silence, la tranquillité", se remémore Fabienne. "Notre motivation principale était de soutenir les parents. Tout le monde marchait dans un esprit de recueillement. À un moment donné, nous étions à côté de Salvatore Adamo, mais cela n'avait pas d'importance. Tout le monde avançait dans le même calme." Yves renchérit : "C'était impressionnant de voir tant de monde, tant dans les artères principales que dans les rues adjacentes. Cependant, dans ce silence, beaucoup étaient également là pour réclamer des éclaircissements sur le fonctionnement de la justice, de la police et de la gendarmerie à l'époque. C'était un rassemblement pacifique, mais aussi un moyen de dire que ce qui s'était passé était inacceptable et que nous ne voulions plus revivre ça."
Des années après la Marche Blanche, Fabienne et Yves ont découvert, en feuilletant des albums de famille, une photo troublante. Leur fille aînée apparaissait sur le même cliché que Marc Dutroux, souriant à des enfants en 1992. "C'était une journée sportive qui rassemblait les élèves de toutes les écoles de la région", précise Fabienne. Ainsi, Dutroux fréquentait régulièrement cet endroit. "Les enfants de Dutroux allaient à l'école dans la même commune. Il était probablement là pour accompagner ses enfants. Mais cette photo est glaçante." La situation devient d'autant plus inquiétante en sachant qu'à peu près à la même époque, vers 1994 ou 1995, deux jeunes filles, amies de leur fille aînée, avaient été approchées par un homme dans une camionnette blanche et avaient réussi à s'enfuir pour se réfugier chez des proches. "Est-ce que c'était Dutroux ? Nous n'en avons pas la certitude", confie Fabienne, "mais nous avons peu de doutes." "La vie peut basculer rapidement", conclut Yves en regardant cette photo.