Le bond vertigineux des absences au travail depuis que le certificat médical pour un jour de maladie a été supprimé
Depuis la fin novembre 2022, les employés des entreprises belges comptant au moins 50 salariés peuvent s'absenter pour maladie pendant une journée sans avoir à fournir un certificat médical. Cette option, qui était initialement limitée à trois absences par an, a été réduite à deux absences par an à partir du 1er janvier 2026.
Cette simplification administrative a-t-elle eu un impact sur le comportement des travailleurs ? C'est la question à laquelle Securex, en collaboration avec le professeur Philip Verwimp de la KU Leuven et de l'ULB, a tenté de répondre. Les résultats de leur étude sont révélateurs : la suppression du certificat médical a entraîné une hausse de 54 % du nombre d'absences d'un jour pour maladie par travailleur dans les entreprises concernées.
Pour évaluer les effets de cette nouvelle législation, les chercheurs ont comparé l'évolution des absences dans les petites entreprises de 5 à 49 employés avec celles des grandes entreprises comptant entre 50 et 499 salariés. Dans les petites entreprises, le nombre moyen d'absences pour maladie d'une journée par travailleur est passé de 0,17 en 2021 à 0,25 en 2024, soit une augmentation de 0,08 absence par personne. En revanche, dans les grandes entreprises, la hausse a été plus marquée, passant de 0,22 à 0,42 absence par travailleur sur la même période, ce qui représente une augmentation de 0,20. En tenant compte des évolutions observées dans les petites entreprises, les chercheurs estiment que la suppression du certificat médical a directement contribué à une augmentation de 0,12 absence par travailleur, équivalant à environ une journée d'absence supplémentaire pour chaque groupe de huit travailleurs.
Cette divergence entre les deux types d'entreprises est apparue dès 2023 et s'est accentuée en 2024. Selon l'étude, cette différence s'explique par le changement de législation, les deux catégories ayant suivi des tendances similaires avant son application.
Concernant les absences de plus longue durée, les chercheurs ont également examiné si la possibilité de prendre une journée de repos sans certificat médical aurait conduit à une réduction des absences prolongées. Cependant, les données ne montrent pas de diminution statistiquement significative des absences de deux à cinq jours après l'assouplissement de la réglementation. En d'autres termes, les absences d'une journée sont devenues plus fréquentes, sans pour autant que les absences de plusieurs jours ne diminuent.
Cela ne signifie pas pour autant que les travailleurs sont en congé maladie plus souvent. Le taux d'absentéisme de courte durée, qui inclut les absences allant jusqu'à un mois, n'a pas connu de variation significative. L'étude ne révèle donc pas d'augmentation des coûts salariaux directs liés aux journées de maladie.
Bien que les coûts salariaux directs ne semblent pas avoir augmenté, la fréquence accrue des absences d'une journée peut compliquer la gestion quotidienne des employeurs. Les absences imprévues obligent parfois à réorganiser rapidement les horaires, à recruter un remplaçant ou à redistribuer les tâches entre les collègues présents. Ces ajustements peuvent engendrer des coûts indirects supplémentaires et alourdir temporairement la charge de travail des équipes.
Securex souligne également que cette pression accrue peut, dans certains cas, augmenter le risque d'absence chez d'autres employés. Les effets de cette mesure ne se limitent donc pas au simple comptage des jours de maladie, mais peuvent également influencer l'organisation quotidienne des entreprises.
Faut-il considérer cette augmentation des absences d'une journée comme un signe que certains travailleurs abusent de la suppression du certificat médical ? Securex appelle à la prudence dans cette interprétation. L'augmentation observée pourrait également refléter un changement de comportement : des travailleurs malades qui choisissent désormais plus facilement de prendre une journée pour se rétablir, plutôt que de se rendre au travail dans un état de santé précaire.
L'étude met en lumière une évolution des habitudes, mais ne permet pas d'identifier les motivations individuelles derrière chaque absence. « L'assouplissement du certificat médical a clairement facilité l'accès aux absences pour maladie d'un jour. Toutefois, nous ne constatons aucune indication d'une réduction des absences de deux à cinq jours. Selon des recherches antérieures de Securex, il pourrait y avoir des effets positifs à plus long terme, car avoir un jour de repos occasionnel peut aider à prévenir des absences prolongées. L'impact de cette mesure est par ailleurs plus marqué chez les ouvriers que chez les employés, qui ont généralement moins de possibilités de récupération, en raison de contraintes sur les jours de congé, les horaires de travail et le lieu de travail », a déclaré Heidi Verlinden, responsable de projet de recherche chez Securex et coauteure de l'étude.
La distinction entre ouvriers et employés est un autre aspect essentiel. Les possibilités de télétravail, d'aménagement des horaires ou de flexibilité dans la prise de congés varient selon les métiers. Pour certains travailleurs, une journée d'absence peut être l'une des rares occasions de récupérer lorsqu'ils ne se sentent pas suffisamment bien pour travailler.
Bien que la réglementation prenne en compte la taille des entreprises, les chercheurs estiment que cet élément ne devrait pas être le seul critère à considérer dans les réflexions futures. Le professeur Philip Verwimp a souligné l'importance d'analyser d'autres facteurs pour mieux comprendre l'impact de cette législation sur le monde du travail.