Après le certificat médical, le parcours du combattant pour les victimes d'un burn-out
Le coût du burn-out pour les assurances en matière d'indemnités s'élève à 2,5 milliards d'euros chaque année. À l'occasion de la semaine de la santé mentale, qui se déroule du 5 au 11 octobre, il est important de noter que 69 % des cas d'invalidité liés au burn-out concernent des femmes, et que le nombre d'indépendants touchés a augmenté de 65 % en quatre ans. Cependant, le mal-être psychologique ne se limite pas à l'invalidité. D'après le rapport AXA Mind Health 2026, un Belge sur deux fait état de difficultés mentales, tandis que 31 % des travailleurs ont dû s'absenter pour des raisons psychiques au cours de l'année écoulée, un chiffre atteignant 44 % chez les 18-34 ans.
Le phénomène du burn-out parental affecterait environ 200 000 personnes en Belgique, soit 8 % des parents, plaçant le pays au troisième rang mondial selon l'UCLouvain. Pour les employeurs, le coût d'une absence prolongée est en moyenne de 35 000 euros, selon Securex. La situation devient de plus en plus pressante : depuis le 1er janvier 2026, le potentiel de travail d'une personne en arrêt maladie doit être évalué après huit semaines d'incapacité. Dans les entreprises comptant au moins vingt employés, un parcours de réintégration doit être engagé dans les six mois, sous peine de sanctions.
Malgré l'accélération du retour au travail due aux réformes gouvernementales, l'accompagnement des personnes touchées par le burn-out demeure désorganisé. Entre les généralistes, les mutuelles, les employeurs et les psychologues souvent difficiles à contacter, les individus les plus vulnérables se retrouvent souvent isolés. C'est ce que souligne l'association SOS Burn-out Belgique, qui reçoit principalement des demandes d'information sur les droits des victimes : des documents de mutuelle souvent incompréhensibles et des préoccupations concernant la reprise du travail. Certains hésitent à contacter leur employeur ou le médecin du travail. L'ASBL, qui se veut neutre, a pour mission d'écouter, d'informer et d'orienter ces personnes.
Le secteur de la santé se heurte à des lacunes en matière de formation. Tous les médecins et psychologues ne sont pas formés pour traiter les cas de burn-out, ce qui complique la distinction entre burn-out et dépression, ainsi que la détection précoce des symptômes. Il est essentiel de ne pas prescrire d'arrêts de travail systématiques, car cela dépend de la gravité de chaque cas. C'est pourquoi l'ASBL s'engage à former la première ligne de soins. Un autre paradoxe est que le programme fédéral de Fedris offre un accompagnement psychologique gratuit, mais uniquement aux personnes encore en emploi ou en arrêt depuis moins de deux mois.
Avec la réforme de la réintégration, des inquiétudes se font sentir concernant un retour au travail trop rapide et inadapté. "Des chiffres de rechute se chiffrent autour de 20 %, en particulier lorsque la reprise est prématurée et que le rythme est trop intense. Nous prônons un accompagnement combiné entre un coach professionnel et un soutien en santé mentale, testé avec des personnes éloignées de l'emploi pendant jusqu'à six ans. Si nous nous concentrons sur l'aspect emploi, le soutien psychologique est tout aussi crucial", souligne la directrice de l'ASBL SOS Burn-out Belgique.
Par ailleurs, près d'un travailleur belge sur trois se situe dans une zone à risque de burn-out, dont 14 % présentent un risque très élevé, selon une étude d'UGent@Work (Fondation Helios, 1 333 travailleurs). En utilisant les mêmes outils, Securex avait enregistré un taux de 24 % en 2018, qui a grimpé à 29 % en 2021. Les disparités régionales sont notables : 44 % à Bruxelles, 36 % en Wallonie et 28 % en Flandre. Le nombre de personnes qui se retrouveront seules face à ce défi croît de jour en jour. Reste à voir si le réseau censé les soutenir sera prêt à les accueillir à temps. "Le gouvernement souhaite faciliter le retour au travail des malades, et nous partageons cet objectif", déclare une professionnelle du secteur. "Cependant, si les personnes sont renvoyées trop rapidement au travail, elles risquent de rechuter encore plus vite ; il est crucial d'envisager des mécanismes de réinsertion progressive et d'écoute. Chaque situation est unique, et le système en Belgique demeure fragmenté."