« J’ai essayé d’être la maman la plus normale possible » : Aurélia raconte son combat contre la schizophrénie | Ouest-France
Elle nous attendait derrière la porte, au numéro 13 de l’impasse Maurice-Ravel à Beaupréau, où l’association Gem la Compagnie a établi ses activités depuis un an. Une heure plus tard, Aurélia exprimait à quel point ce rendez-vous était significatif pour elle. « C’est la première fois que je partage mon histoire avec quelqu’un que je ne connais pas… J’avais besoin de le faire, car cela peut arriver à d’autres et il ne faut pas se sentir seule », a-t-elle confié.
Aurélia a donc pris la parole, avec émotion et sincérité, parfois confrontée à des difficultés, mais aussi empreinte d’espoir. Son récit est empreint de leçons et de réflexions. « Jusqu’à la naissance de ma deuxième fille, tout allait bien. Je travaillais comme assistante dans un cabinet comptable et je n’avais jamais rencontré de problèmes psychologiques. Enfant, j’étais rêveuse, mais c’était tout », raconte-t-elle avec un sourire. Cependant, tout a changé lors de son accouchement en 2014. « Quand je suis arrivée à l’hôpital, tout s’est précipité. Peut-être que j’étais déjà dans un état second, car je passais beaucoup de temps seule à la maison, je ne me rendais pas compte de ce qui m’arrivait. Mais à l’hôpital, j’ai commencé à entendre des voix et j’ai complètement perdu la notion du temps. »
Ce moment marquant a été le début d'une lutte contre la schizophrénie, un diagnostic qui a bouleversé sa vie. « J'ai commencé à avoir des hallucinations. Au départ, je pensais que c'était normal après l'accouchement, mais cela a rapidement dégénéré. J'avais l'impression que les murs me parlaient, que les gens autour de moi me jugeaient », se souvient-elle. Aurélia a dû faire face à des moments de grande détresse, où la réalité semblait se dissoudre autour d’elle. « J'étais dans un monde où je ne me reconnaissais plus. C'était très difficile, mais je voulais être la maman la plus normale possible pour mes filles », dit-elle avec une détermination palpable.
Elle a commencé à consulter des spécialistes et a été hospitalisée plusieurs fois. « Chaque fois que je sortais de l'hôpital, je pensais que tout irait mieux. Mais la maladie revenait, et avec elle, la peur de perdre tout contrôle. » Elle a également évoqué les préjugés auxquels elle a fait face. « Les gens ne comprennent pas toujours ce que c'est que de vivre avec une maladie mentale. J'ai souvent senti que je devais me justifier, expliquer ma situation », explique-t-elle. Malgré ces défis, Aurélia a trouvé du soutien dans sa famille et ses amis, ainsi que dans les activités proposées par l'association Gem la Compagnie.
« Grâce à l'association, j'ai pu rencontrer d'autres personnes qui vivent des expériences similaires. Cela m'a beaucoup aidée à me sentir moins seule dans mon combat », affirme-t-elle. Aurélia participe à des ateliers et des groupes de parole, où elle peut partager ses pensées et ses émotions. « C'est un espace sécurisant où je peux m'exprimer librement, sans crainte de jugement. Cela fait une grande différence », ajoute-t-elle avec un sourire.
Elle souhaite sensibiliser les autres sur la santé mentale et briser les tabous. « J’ai compris qu'il est essentiel de parler de ces choses-là. La maladie mentale ne doit pas être un sujet tabou. Si mon histoire peut aider ne serait-ce qu'une seule personne à ne pas se sentir seule, alors je serais heureuse », conclut-elle. Aurélia continue de se battre chaque jour, déterminée à vivre pleinement sa vie et à être une mère présente pour ses enfants, tout en apprenant à gérer sa condition avec courage et résilience.