"On ne voit plus l’enfant comme une terreur" : comment le diagnostic d’un enfant TDAH change la vie des familles
Des tensions familiales et des difficultés scolaires sont souvent le quotidien des familles ayant un enfant diagnostiqué avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Elio, âgé de 6 ans, et Sandro, qui va bientôt avoir 14 ans, ont longtemps été perçus comme des enfants difficiles avant que leur diagnostic ne change la perception de leurs mères. Laura, la maman d’Elio, décrit l’angoisse qui l’envahissait chaque soir, attendant de connaître la couleur attribuée à son fils par sa maîtresse pour évaluer son comportement. “Vert ? Jaune ? Rouge ?” s’interrogeait-elle, craignant de tomber sur du noir, synonyme de problèmes comportementaux. Ce diagnostic a révélé que les crises de son fils étaient liées à un trouble plus complexe que de simples caprices d’enfant.
Le mois d’octobre est reconnu comme le mois de sensibilisation au TDAH, un trouble du neurodéveloppement touchant environ 5 % des enfants, selon la Haute Autorité de santé (HAS). La mère d’Elio se souvient des premiers signes apparus lors de sa première année de maternelle, quand la maîtresse a signalé des comportements inappropriés de la part de son fils. À la maison, la situation était également tendue, avec un Elio énergique et peu enclin à dormir, ce qui compliquait les choses. Malgré les diverses méthodes éducatives tentées, Laura et son compagnon n’arrivaient pas à gérer les crises de leur enfant. Les premières consultations psychologiques n’avaient pas apporté de solutions.
À une distance considérable, Aline Caterino, la mère de Sandro, a rencontré des défis similaires. Son fils, bientôt adolescent, était souvent perçu comme trop turbulent à l’école. “On en parlait comme d'un enfant roi ou d'un enfant trop colérique”, se remémore Aline. Comme Laura, elle a essayé de durcir les règles à la maison, sans succès. Pour le Dr Olivier Brichet, le TDAH ne se limite pas à l’hyperactivité, car il peut aussi se manifester par des difficultés organisationnelles ou impulsives, souvent confondues avec un manque d’éducation.
Les difficultés scolaires de Sandro ont conduit à un suivi médical. Il a d’abord consulté une orthophoniste puis une psychomotricienne. C’est finalement un psychiatre qui a posé le diagnostic de TDAH, ce qui a amené Aline à réévaluer ses attentes envers son fils. “On ne voit plus l’enfant comme une terreur, mais comme quelqu'un qui a besoin d'un accompagnement”, explique-t-elle. Elle réalise que certains comportements qu’elle percevait comme de la provocation étaient en réalité des manifestations de difficultés incontrôlables pour Sandro, qui, de son côté, se sentait triste de ne pas répondre aux attentes de sa mère.
Elio, quant à lui, a également dû traverser un long parcours avant d’obtenir son diagnostic. Grâce à une plateforme de coordination et d’orientation, il a pu bénéficier d’un bilan neuropsychologique, bien que ce ne soit pas indispensable pour le diagnostic. C’est un psychiatre qui a confirmé le TDAH d’Elio après une évaluation clinique et des retours d’environnement scolaire. Laura se rappelle que lors de cette consultation, il a fallu occuper son fils en le faisant jouer avec une table à hauteur réglable.
Pour de nombreuses familles, le chemin vers un diagnostic peut être éprouvant. Selon l’association HyperSupers - TDAH France, 41 % des familles interrogées en 2025 ont déclaré avoir attendu plus d’un an pour obtenir un diagnostic, ce qui représente une amélioration par rapport aux années précédentes. Néanmoins, le Dr Brichet souligne que l’accès aux soins reste difficile, avec des délais pouvant atteindre jusqu'à deux ans.
Après le diagnostic, Elio a bénéficié d’un plan d’accompagnement personnalisé à l’école, remplaçant les anciens cahiers de comportement par des aménagements tels qu’une assise mobile et la possibilité de s’isoler à une table individuelle. Avec un traitement au méthylphénidate, connu sous le nom de Ritaline, le comportement d’Elio s’est amélioré, permettant à Laura de passer “des journées formidables” avec lui, sans crises lors des jeux de société.
La transformation du comportement d’Elio a également été remarquée par sa grand-mère, qui, au départ sceptique sur le TDAH, a remercié sa fille pour les progrès réalisés pendant une visite. Le Dr Brichet insiste sur le fait que l’amélioration du comportement d’un enfant TDAH ne doit pas se limiter à un traitement médicamenteux, mais doit s’accompagner d’un soutien personnalisé. Il propose également des programmes pour aider les parents à mieux gérer les crises et à accompagner leurs enfants.