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Monday, 02 November 2026
Health

"J'ai l'impression d'être un peu moins vivante" : pour Joséphine, l'arrivée de l'hiver est une véritable épreuve

Dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, la France a procédé au changement d'heure habituel, marquant ainsi le début d'une période qui s'avère difficile pour de nombreuses personnes. Pour certains, ce passage à l'heure d'hiver représente une heure de sommeil supplémentaire, tandis que d'autres, comme Joséphine, 23 ans, ressentent une profonde mélancolie. Étudiante en master en région parisienne, elle confie à actu.fr : « J’ai vraiment l’impression d’être moins vivante, d’avoir moins d’âme » pendant cette période sombre, qui dure jusqu'à l'arrivée des beaux jours en avril.

Ce phénomène n’est pas isolé, comme l'explique Sébastien Garnero, docteur en psychologie clinique. Selon ses estimations, entre 2 et 5 % des Français souffrent de ce qu'on appelle la « dépression saisonnière », un trouble plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. Les premiers symptômes apparaissent généralement à l'âge adulte, et sont rares chez les enfants. Le trouble affectif saisonnier (TAS), nom médical de cette condition, est reconnu et peut être diagnostiqué, précise le spécialiste, bien qu'une forme estivale soit également observée, mais moins courante.

Joséphine, qui a grandi dans le nord de la France, admet qu'elle a toujours préféré l'été. À l'âge de 18 ans, elle a réalisé que sa baisse de moral en automne et en hiver était récurrente et liée à un manque de lumière. « Pour moi, c’était beaucoup plus simple de gérer les températures élevées que basses […] le froid me paralyse », explique-t-elle. Pendant ces mois, se lever le matin devient un véritable défi : « Je mets 30 minutes de plus à sortir de mon lit, ça impacte mon rythme de vie », déclare-t-elle. Le simple fait de devoir revêtir des manteaux et sortir dans le froid lui semble insupportable. Elle consulte régulièrement les prévisions météo, et cela influence son moral. « Aujourd'hui, il a fait beau et mon humeur a complètement changé. Rien que d'ouvrir les volets et de voir le soleil, ça fait du bien, je suis beaucoup plus motivée à sortir », ajoute-t-elle.

Sébastien Garnero souligne que l'hypersomnie est l'un des principaux symptômes de la dépression saisonnière. Contrairement à la dépression unipolaire, qui entraîne souvent une perte d'appétit et des insomnies, le TAS est caractérisé par une augmentation de l'appétit et un besoin accru de sommeil. Les personnes touchées préfèrent souvent rester au lit. Pour Joséphine, cette période hivernale entraîne également une baisse de l'estime de soi : « En été, je peux passer deux mois sans me maquiller, mais l’hiver, c’est impossible, je ne peux pas me voir dans le miroir », se plaint-elle. Cependant, le spécialiste note que l'impact sur l'humeur et l'identité est moins prononcé que dans une dépression classique.

Cette fatigue et cette tristesse affectent également sa vie sociale. « J’en viens à annuler des sorties avec mes amis car je n’ai pas le moral », avoue-t-elle. Par exemple, fin octobre, elle a passé le week-end avec son compagnon, mais l'obscurité précoce et le mauvais temps l'ont empêchée de s'engager dans les activités extérieures prévues. Joséphine ressent une diminution de ses interactions sociales, un phénomène observé par Sébastien Garnero, qui note que, en France, les gens ont tendance à rester chez eux lorsque le temps se refroidit, contrairement à d'autres pays nordiques où sortir est encouragé pour lutter contre le manque de lumière.

Le TAS présente des similitudes avec la dépression classique, notamment le retrait social et une forme de mélancolie. « À cette période, on ne voit plus les couleurs, il y a comme des lunettes sur nos vies et tout devient un peu gris », décrit le psychologue. Concernant les causes de la dépression saisonnière, Garnero souligne l'importance de la lumière : « Le soleil est essentiel à nos vies. Le manque de lumière perturbe notre corps et peut entraîner une surproduction de mélatonine, l'hormone régulant le sommeil. » Il met en garde contre l'influence de la lumière artificielle, qui exacerbe les troubles saisonniers.

Pour ceux qui souffrent de dépression hivernale, le psychologue recommande plusieurs approches. Il est conseillé de s'exposer à la lumière naturelle pendant au moins une demi-heure par jour. Si cela n'est pas possible, l'utilisation d'une lampe de luminothérapie peut être bénéfique. Une supplémentation en vitamine D et une activité physique régulière sont également cruciales pour contrer le stress et la dépression. Enfin, une « psychothérapie de soutien » d'une durée de 3 à 6 mois peut aider à restructurer les pensées négatives et à mettre en place des activités valorisantes. Dans les cas de TAS sévères, des antidépresseurs peuvent être envisagés, mais cela doit rester un dernier recours.