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Monday, 02 November 2026
Science

L'alimentation du père pourrait influencer l'embryon : des chercheurs identifient un mécanisme dans le sperme

Des chercheurs de l'université Columbia à New York ont mis en lumière un mécanisme qui pourrait indiquer que l'alimentation du père a une influence sur l'embryon, en révélant un messager chimique présent dans le sperme. Cette étude, publiée en novembre 2026 dans la revue Molecular Cell, remet en question la vision traditionnelle qui considérait l'homme comme un simple donneur de gènes lors de la conception.

Selon cette recherche, des amas de protéines dans le sperme sont capables de transporter des fragments d'ARN vers les spermatozoïdes, suggérant que des éléments de l'alimentation paternelle peuvent être transmis à la descendance. Ces structures protéiques, bien que similaires à celles associées à la maladie d'Alzheimer, remplissent ici une fonction distincte. Il a été démontré que l'alimentation peut modifier certains ARN, qui pourraient ensuite être transmis à l'embryon, influençant ainsi son développement.

Le sperme contient des fibrilles amyloïdes, des assemblages de protéines robustes qui, auparavant considérées comme des résidus, pourraient jouer un rôle clé dans le transport de molécules. Les chercheurs ont découvert qu'un fragment de protéine provenant de la prostate s'associe à l'ARN grâce à leurs charges électriques opposées, favorisant leur liaison. Pour approfondir leur compréhension de ce mécanisme, l'équipe a étudié la formation de ces structures en laboratoire. Les protéines commencent par se regrouper en petites gouttelettes, qui évoluent en fibrilles après environ trois jours, un processus accéléré par la présence d'ARN.

En analysant des échantillons de sperme de donneurs anonymes, les scientifiques ont identifié des fibrilles associées à de courts fragments d'ARN et ont observé qu'elles pouvaient se fixer à la surface des spermatozoïdes. Cependant, il restait à déterminer comment ces ARN pénètrent dans les spermatozoïdes. Les observations ont révélé des différences significatives entre les espèces : près de 95 % des spermatozoïdes de taureaux contenaient ces fibrilles, contre seulement 2,44 % chez l'homme, et même 0,30 % après élimination des protéines de surface.

Pour tester si ces fibrilles pouvaient transmettre une information génétique, les chercheurs ont réalisé une expérience en chargeant ces structures avec un ARN messager contenant des instructions pour produire une protéine spécifique. Après avoir exposé les spermatozoïdes à ces fibrilles, ils ont procédé à une fécondation in vitro, donnant naissance à des embryons de souris qui produisaient dix fois plus de la protéine attendue. Cela a confirmé que les instructions transportées par l'ARN avaient été correctement utilisées, prouvant ainsi l'efficacité de ce mécanisme dans un cadre expérimental.

Bien que cette découverte offre un nouvel éclairage sur l'impact potentiel de l'alimentation du père sur l'embryon, les chercheurs soulignent que cette piste reste encore fragile. Des études antérieures avaient déjà montré qu'un régime alimentaire riche en graisses pouvait modifier certains ARN dans le sperme de souris. Le mécanisme découvert pourrait expliquer comment ces molécules atteignent l'embryon, mais aucune recherche n'a encore directement lié l'alimentation paternelle aux conséquences sur la descendance. Les expériences réalisées reposent sur des fibrilles et des ARN préparés en laboratoire, laissant donc la question ouverte sur leur pertinence dans des situations naturelles.

Les fibrilles amyloïdes, qui partagent des caractéristiques avec les plaques de la maladie d'Alzheimer, pourraient également avoir un potentiel dans le domaine de la thérapie génique. Elles pourraient servir de vecteurs pour transporter des gènes-médicaments sans utiliser de virus, une approche qui intéresse les spécialistes en raison des risques associés aux virus modifiés. Cependant, avant de pouvoir envisager cette application, les biologistes devront s'assurer que l'ARN naturel du sperme emprunte effectivement ce chemin vers l'embryon, ce qui n'a pas encore été établi par des expériences.